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    Golden Eighties
    Golden Eighties © Chantal Akerman @Chantal Akerman Foundation
    du 27 au 31 JANVIER 2021

    Hommage à Chantal Akerman avec le Festival Premiers Plans

    Le Festival Premiers Plans dépose ses valises au Forum des images pour une rétrospective Chantal Akerman.

    Chantal Akerman l’a dit et redit : sa vocation pour le cinéma naît suite à sa découverte, adolescente, de Pierrot le fou. Elle comprend brusquement qu’il est possible de faire un autre cinéma que celui de l’industrie et – âgée d’à peine 18 ans – elle se lance. C’est Saute ma ville, un court métrage semi-professionnel dans lequel déjà : 1) elle se filme, 2) dans la cuisine de sa mère, 3) jusqu’à la mort. Dire que ce petit film est prophétique n’est pas une exagération. Puis, il y a un passage par New York qui fonctionne comme une éducation esthétique. Elle rencontre Babette Mangolte, qui deviendra sa cheffe-opératrice, et découvre le travail du cinéaste expérimental Michael Snow dont elle retient l’extrême concentration des plans longs malgré l’absence d’évènement.

    « Régulièrement, Chantal Akerman nous écrivait. Elle mettait son adresse au dos de l’enveloppe (Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles - 1975), elle signait (Je, tu, il, elle - 1974), elle donnait de ses nouvelles en anglais (News from Home - 1976), elle fixait même des rendez-vous (Les Rendez-vous d’Anna - 1978). Les lettres arrivaient, jetées au panier par certains, lues avec passion par d’autres. Je faisais plutôt partie des “autres” ». » Ces mots de Serge Daney (à lire dans le volume 1 de son Ciné -Journal), disent bien à quel point Akerman, au cœur des années 1970, enchaîne des films d’une importance capitale, aux limites de l’essai et de la fiction de soi, hantés par son rapport à sa mère, Natalia, rescapée des camps de la mort. Chaque film invente un dispositif de mise en scène différent pour donner lieu à des œuvres aussi conceptuelles que viscérales, qui n’ont jamais cessé d’inspirer d’autres cinéastes (Gus Van Sant, Todd Haynes).

    Cet âge d’or de son œuvre, Akerman le portera comme un lourd fardeau, notamment Jeanne Dielman, son chef-d’œuvre fleuve, si abouti et réalisé si jeune qu’elle craint ne jamais pouvoir faire mieux. Elle continue alors son exploration existentielle mais ose d’autres registres. Ce sera la comédie musicale dans l’ambitieux Golden Eighties, film de studio qui regroupe différentes générations d’acteur·rices du cinéma français, de sa première actrice « fétiche » Delphine Seyrig à Charles Denner en passant par Lio. D’Est la voit partir sur les routes d’une Europe à nouveau visible suite à la chute du mur de Berlin. Elle en revient avec des images presque spectrales d’un monde figé. Une femme attendant le bus marquera les esprits. N’est-elle pas le miroir lointain du quotidien ritualisé et asphyxiant de Jeanne Dielman ?

    En 2000, La Captive d’après Proust, récit d’une obsession amoureuse, renoue avec l’invention de ses premiers films et No Home Movie, en 2014, sur sa mère malade, boucle l’œuvre de manière définitive. Claire Atherton, sa monteuse et complice pendant trente ans, révèle dans un texte posthume l’évidence qui a saisi la cinéaste alors qu’elle partait sur vingt heures de rush éparses : « […] Ce film, c ’est un personnage, une femme née en Pologne, arrivée en Belgique en 1938 pour fuir les pogroms et les exactions. Cette femme, c’est ma mère. Dans et uniquement dans son appartement à Bruxelles. » La tonalité tragique que prend l’œuvre d’Akerman avec cet ultime film ne doit pas masquer que son expérimentation permanente et sa capacité à se renouveler prennent aussi les formes de l’humour et d’une certaine fantaisie, notamment quand elle se met elle-même en scène dans de nombreux courts métrages.

    Chantal Akerman avait accepté d’être membre du jury en 1992 et c’est avec une grande joie et une profonde admiration que le Festival Premiers Plans présentera ses films fondamentaux dans des copies restaurées et en présence de nombreux·ses invité·es.

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