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    "Zombie" de George A. Romero
    "Zombie" de George A. Romero © Soralis Distribution
    du 23 MARS au 30 AVRIL 2022

    Ça va faire MALL

    Le cinéma des grandes surfaces : utopie et destruction

    Le cinéma des grandes surfaces : utopie et destruction. Voir ou revoir ces films dans le lieu même où ils s’enracinent promet un voyage aussi réflexif que passionnant et une vertigineuse mise en abyme.

    Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ? Le Forum des images se trouve dans un mall (un centre commercial, au sens large, social et consumériste du terme), tandis que le cinéma mondial célèbre et interroge depuis longtemps ce lieu emblématique du passage de l’humanité à l’âge de la consommation globale. Le mall est le lieu fétiche d’un XXe siècle qui a voulu rassembler dans un espace unique toutes les possibilités de la vie moderne et tous les opiums du peuple. Souvenez-vous : « on trouve tout à la Samaritaine » — et dans le mall encore plus, car c’est un nouveau style de vie, où l’on peut voir des films, vivre ses amours adolescentes (Une place à prendre de Bryan Gordon), zoner le week-end (Mallrats de Kevin Smith), se restaurer quotidiennement, rêver de révolution.

    Utopie capitaliste, le mall au cinéma devient un microcosme existentiel et politique. On y achète des choses, on s’y rachète une conduite, on y décachette ses frustrations. On peut retracer cette histoire sociale depuis les grands magasins (Sérénade à trois de Lubitsch ou Carol de Todd Haynes), au centre commercial (Jackie Brown de Tarantino ou Supergrave de Greg Motola) en passant par la galerie marchande (Golden Eighties de Chantal Akerman). Un film comme Holy Motors, aussi funèbre que vital, rassemble tous les fantômes de ces vies de commerce.

    Le mall est un décor, un paysage avec ses nouveaux paysans, cernés par les marques et les franchises. On y voit aussi, si l’on ne détourne pas le regard, une vie marginale, quand les magasins ferment, et que les Invisibles rejetés par ce modèle obscène refont surface dans la grande surface. Huis-clos labyrinthique, le film-mall a parfois du mal à assimiler l’humain réfractaire. Comme dans les Blues Brothers, le séminal Zombie de Romero ou le punk Grand soir, quelque chose finit par se briser, et par répondre au sourd désir de destruction que peuvent inspirer ces signes extérieurs d’aliénation. Le mall serait-il le mal du siècle ? Une série comme Stranger Things, dans un geste de synthèse pop, en a transcrit le cauchemar définitif. Voir ou revoir ces films dans le lieu même où ils s’enracinent promet un voyage aussi réflexif que passionnant et une vertigineuse mise en abyme.


    >> Dans le cadre de ce cycle se déroule le projet "MALL AUX YEUX !", un parcours d’ateliers artistiques d’éducation à l’image conçu par Mains d’Oeuvres et l’association Ça bouge Grave en partenariat avec le Forum des images. Des jeunes de Saint-Ouen-sur-Seine âgés de 12 à 15 ans se réunissent régulièrement dans le Forum des Halles pour restituer par l’image (vidéo, photographie, création sonore) l’atmosphère, les postures, les usages de ce temple de consommation avec leurs regards, leurs mots, leurs points de vue. La restitution de ce projet fera l’ouverture du cycle au Forum des images avec un court métrage réalisé par les participants et une exposition de photos.

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