Une jeune femme solitaire et malentendante, au fort accent étranger (extraordinaire Sarah Polley), qui travaille dans une usine à Belfast, se trouve en congé forcé. Elle s’engage comme infirmière personnelle sur une plate-forme pétrolière qui vient de flamber, pour soigner un grand brûlé qui a perdu la vue.
La cinéaste a dédié ce film à John Berger avec la mention : « À John Berger, qui m’a montré de nouvelles manières de voir le monde ». La pensée de John Berger infuse tout le récit, entre la vision, le silence, la parole et l’écoute. « La rencontre de ces deux êtres meurtris n’est en aucune façon un culte de la douleur, ni de la notion du martyr », notait John Berger à propos du film, « mais une vision de la manière dont la souffrance conduit au salut commun ».
« Couronné par plusieurs Goyas (l’équivalent des César en Espagne), The Secret Life of Words dépasse la simple comédie dramatique poignante et bien ficelée. Le talent de Sarah Polley (ajouté à celui de Tim Robbins) est celui de la métamorphose : elle est à la fois douce, tendre et fermée à la moindre séduction. Les producteurs du film, les frères Almodovar, n’auraient pas renié cette dualité entre féminité et violence intérieure. Isabel Coixet mène son récit jusqu’au bout avec douceur et émotion dans un cadre géographique dont on retient davantage le mouvement interne que le choix cinématographique intéressant. Elle utilise tous les espaces, intimes et monumentaux, de la même manière : en en respectant les contours et les lenteurs de progression. Car il s’agit bien d’un retour à la vie, quand le secret invivable prend forme humaine, grâce aux mots » — Ariane Beauvillard (Critikat).
Meilleur film, meilleur scénario original, meilleur réalisateur·ice aux Goyas 2006.