Le Grand Méchant Renard et autres contes
Patrick Imbert
Début 2024, alors que les manifestations d’agriculteurs s’étendaient à travers le pays, les responsables politiques se sont succédé sur les plateaux des chaînes d’info pour appuyer le mouvement et clamer leur amour du « monde paysan ». De François Ruffin à Jordan Bardella, on défendait « l’exception agriculturelle » française face à la concurrence déloyale de produits étrangers. Cette unanimité autour de la « cause paysanne » renvoie à un rapport particulier entre un « nous non paysan » et un « eux paysan » aux contours flous et protéiformes.
Le paysan c’est l’agriculteur, l’habitant des campagnes, le « petit » producteur. Mais c’est aussi la France, la nation, la république. C’est le bon sens, la simplicité, le travail, l’effort, l’enracinement, la nature, la convivialité, l’authenticité, le savoir-faire, la droiture. C’est tout ça à la fois. Le paysan nous fascine. C’est un énigmatique mélange entre altérité et familiarité. Alors que la population agricole ne cesse de s’étioler, le paysan est partout et nulle part. Au fil des années et des crises, on l’a dépeint en républicain, en réactionnaire, en patriote, en productiviste, en écolo aussi. On l’a voulu de gauche, de droite, sans étiquette. Les paysans, comme le résume Pierre Bourdieu, c’est une « classe-pour-autrui » « sans cesse invités à prendre sur eux-mêmes le point de vue des autres, à porter sur eux-mêmes un regard et un jugement d’étrangers ». C’est cette « paysannerie classe objet » qui est l’enjeu de ce texte.
Édouard Morena est politiste. Il a consacré sa thèse à la Confédération paysanne. Parmi ses publications en français, on peut citer : Paysan (Anamosa, 2024) et Fin du monde et petits fours (La Découverte, 2023). Il s’intéresse actuellement au rôle des élites économiques dans le débat climatique international.
Dans le cadre de
Cinéma en débat(s). Festival Un état du monde, 16e édition. Avant-premières et inédits. Focus IA. Histoires de Palestine. Carte blanche à Lola Lafon en sa présence. Exposition Mondes migrants. Apéros Le mot est faible.
Du 21 au 25 janvier 2026.