De David Lynch, on retient la chambre rouge de Twin Peaks, les femmes aux lèvres d’un rouge écarlate, la cabane en feu de Lost Highway et l'onirisme discret d'un câble électrique. Mais son message politique, sa façon de déjouer les mensonges du monde, d'une Amérique au vernis qui s'écaille, d'un Hollywood qui brise les rêves, sont passés à la trappe. Injustement.
Partout, Lynch a pratiqué la loi des fourmis rouges, comme celles qui grouillent sur l'oreille trouvée dans l'herbe verdoyante de Blue Velvet, à quelques mètres de pavillons de banlieue propres et rassurants. Partout où on l'on croit trouver la sécurité et le calme se cachent l'horreur, la peur, le bruit. C'est ce grand mensonge que David Lynch dézingue dans son œuvre, malgré ses airs de grand rêveur perché, coupé de la réalité. Les pieds bien ancrés et la conscience en alerte, il n'a fait que clamer la vérité, sa vérité, nous sommes juste passé·es à côté.