Cuba à l’heure de l’ouverture

    Entre passé mythique et avenir incertain, le cinéma cubain a connu, au gré des vicissitudes de l’île, des difficultés à s’exprimer. Il tardait de le voir se réinventer. À l’image du pays, l’amorce d’un renouveau se fait jour.

    « L’ÎLE QUI RÊVAIT D’ÊTRE UN CONTINENT »
    Après 54 ans de discorde entre les États-Unis et Cuba, la bannière étoilée flotte de nouveau à La Havane. Tout un symbole. Qui suscite aujourd’hui espoirs et interrogations. Après des décennies d’embargo, la disparition de l’Union soviétique et la « Période spéciale » qui s’en est suivie, Cuba s’est repliée sur elle-même. La jeune révolution et le système étatique mis en place ont pu fasciner, diviser et occulter une réalité complexe, faite de contradictions, loin des clichés et des fantasmes projetés par les occidentaux. Selon Fernando Pérez, comprendre la réalité cubaine, c’est avant tout avoir « un regard qui puisse conserver l’ambivalence de la réalité, et garder en même temps le côté lumineux et le côté obscur de la réalité ». 

    UN ART SUBTIL DU « CONTOURNEMENT »
    Avec la création de l’Institut cubain des arts et de l’industrie cinématographiques (ICAIC) en 1959, le cinéma devient un art révolutionnaire. Dans ce contexte naissent des oeuvres satiriques, célébrant de surprenants anti-héros. Tomás Gutiérrez Alea (Mémoires du sous-développement) s’autorise un non-conformisme sans se positionner ouvertement contre le régime. Cet art du contournement trouve son incarnation dans lesoeuvres de Fernando Pérez (La vie c’est siffler). Avec son style onirique, il délivre un message critique de la société, tout en déclarant son amour au peuple cubain. Plus frontaux et provocateurs, les héritiers qui filment le Cuba actuel rendent compte d’un quotidien englué dans un passé aux idées révolues. Dénonçant un système qui s’essouffle (Melaza de Carlos Lechuga), évoquant un sidérant projet nucléaire inachevé (La Obra del siglo de Carlos Machado Quintela), ou une génération désabusée (Venecia d’Enrique Álvarez). Fruits d’une longue maturation du cinéma cubain, ces cinéastes s’inscrivent dans une dynamique où le réel n’est ni éludé ni poétisé pour déjouer la censure.


    LES SÉANCES
     

    > Soy Cuba de Mikhaïl Kalatozov, samedi 14 nov. à 14h30

    > Mémoires du sous-développement de Tomás Gutiérrez Alea, dimanche 15 nov. à 18h, présenté par Magali Kabous (maître de conférences, spécialiste du cinéma cubain)

    > La vie c’est siffler de Fernando Pérez, lundi 16 nov. à 19h, présenté par Magali Kabous (maître de conférences, spécialiste du cinéma cubain)

    > La Obra del siglo de Carlos Machado Quintela, mardi 17 nov. A 21h, en présence du réalisateur. Film reprogrammé le jeudi 19 nov. à 14h30

    > Venecia d’Enrique (Kiki) Álvarez, mercredi 18 nov. à 19h, en présence du réalisateur. Film reprogrammé le samedi 21 nov. à 15h

    > Juan de los muertos d’Alejandro Brugués, mercredi 18 nov. à 21h30

    > Fraise et chocolat de Tomás Gutiérrez Alea, jeudi 19 nov. à 17h

    > Melaza de Carlos Lechuga, vendredi 20 nov. à 19h, en présence de Samuel Chauvin (promenades films)

    > Chala, une enfance cubaine d’Ernesto Daranas, samedi 21 nov. à 18h

    > Suite Habana de Fernando Pérez, dimanche 22 nov. à 18h

    > Table ronde / L’ouverture cubaine : virage ou mirage ?, mardi 17 nov. à 19h