"Saudade" de Katsuya Tomita
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    "Saudade" de Katsuya Tomita

    Japon : un cinéma post-Fukushima

    Depuis les événements de 2011, certains cinéastes ne filment plus comme avant la société japonaise, tandis que la colère s’empare des citoyens. Rupture ou continuité avec une cinématographie contemporaine déjà traversée par des problématiques sociales ?

    Loin du cinéma militant des années 70 dont Kôji Wakamatsu est l’un des représentants, les cinéastes des années 2 000 interrogent depuis longtemps les maux et les peurs de leurs concitoyens. De nombreux réalisateurs, parfois
    déjà connus des cinéphiles, se penchent sur la thématique de la famille éclatée (Tokyo Sonata, Nobody Knows), les limites de l’ingérence mal comprise au Japon (Bashing), tandis que de plus jeunes artistes questionnent la crise économique (Saudade) ou les âmes perdues (Himizu).

    ÉNERGIE ET CONTESTATION
    Chacun de ces cinéastes ne souhaite pas forcément porter un message de contestation explicite. Katsuya Tomita assume son cinéma en colère et déclare : « Ce qui me pousse à faire des films, c’est d’abord la rage. La rage, la rébellion et le désir de vengeance. » (Cahiers du cinéma, no 700). De fait, il capte l’énergie d’un Japon en crise, tout en assumant sa condition difficile de cinéaste indépendant. Le système de financement du cinéma japonais induit aussi, pour toute une lignée de jeunes cinéastes autoproduits, une difficulté à faire entendre leurs voix. L’énergie passée à monter leurs films, parfois sur plusieurs années, se reflète dans leurs oeuvres.

    LE CHOC RÉVÉLATEUR
    Le cataclysme de 2011, suivi de l’explosion de la centrale de Fukushima, joue sans doute un rôle de catalyseur chez ces artistes, jeunes ou moins jeunes, qui ne peuvent plus faire comme si rien ne s’était passé. Kazuhiro Soda, réalisateur de deux documentaires, Campaign I et II, tournés à sept ans d’intervalle, saisit avec puissance le changement d’attitude qui s’est opéré chez les citoyens. Masahiro Kobayashi, touché personnellement par la catastrophe, réalise Japan’s Tragedy. Même un réalisateur comme Hirokazu Kore-eda déclare : "Ma vie quotidienne est maintenant marquée par ces événements, mes expériences sont devenues plus instables qu’avant, et c’est ce genre d’aspect qui se reflétera dans mes productions ultérieures".
     

    LES SÉANCES

    > Tokyo Sonata de Kiyoshi Kurosawa
    samedi 8 nov. à 14h30
    > Himizu de Sono Sion
    dimanche 9 nov. à 16h30, présenté par Élise Domenach, et jeudi 13 nov. à 17h
    > Bashing de Masahiro Kobayashi
    dimanche 9 nov. À 18h30
    > Japan’s Tragedy (Nihon No Higeki) de Masahiro Kobayashi
    lundi 10 nov. à 14h30, présenté par Élise Domenach, et vendredi 14 nov. à 17h30
    > Campaign I (Senkyo) de Kazuhiro Soda
    mardi 11 nov. À 17h
    > Nobody Knows (Dare Mo Shiranai) de Hirokazu Kore-Eda
    mercredi 12 nov. à 17h30
    > Campaign Ii (Senkyo Ii) de Kazuhiro Soda
    samedi 15 nov. à 14h30, présenté par Élise Domenach
    > Avant-Première Au Revoir L’été (Hotori No Sakuko) de Kôji Fukada
    samedi 15 nov. à 20h30, en présence du réalisateur.
    > Table Ronde "Le Japon après Fukushima : un cinéma de prise de conscience ?",
    animée par Damien Paccellieri avec Terutarô Osanaï, Katsuya Tomita, Kôji Fukada, Jean-François Sabouret. Samedi 15 nov. à 18h (entrée libre)
    > Saudade de Katsuya Tomita
    dimanche 16 nov. à 15h30, en présence du réalisateur