Quelques rédacteurs se souviennent…La revue Positif a 60 ans Du 18 au 30 septembre 2012 |
Ivresse
{ avril 1952 }
Quel titre ? Nous hésitions de concert, l’imprimerie s’impatientait. Je me revois arpentant de long en large la pièce exiguë où Guy Jacob nous avait rassemblés, Madeleine Vivès-Pomme assurant que le plus inattendu, significatif, polysémique, était bien “Positif”. Comme si vous y étiez : “De la pellicule négative, on tire un positif… De même faudra-t-il, dans les films dont nous parlerons, tirer le meilleur…” Les petits camarades avaient rempli notre bouteille de marc de Bugey de quelque chose d’autre – pétrole lampant ? Vomito negro ? – et au lieu de prêter attention à mes raisonnements, tous guettaient l’instant où je terminerais une phrase en vidant mon verre… Ce petit fait vrai survint, salué avec applaudissements, brouhaha, et haut-le-coeur ; du même coup, l’affaire fut entendue. On l’appellerait décidément Positif.
Bernard Chardère
Quoi de neuf ?
{ été 1959 }
Les premiers films de la Nouvelle Vague sont sortis, ce qui change le rapport que nous avions avec les Cahiers du cinéma. Pour en discuter, nous faisons une table ronde (“Quoi de neuf ?”, n° 31, novembre 1959). À la relire, les plus judicieux furent Jacques Demeure et Michèle Firk.
Paul-Louis Thirard
Footing matinal
{ mars 1966 }
Un de mes premiers entretiens pour Positif, en compagnie de Roger Tailleur, mon mentor : avec Kazan dans un petit hôtel de la Madeleine. Il tape à la machine son premier roman, “L’arrangement” ; au fond de la pièce, sa compagne, Barbara Loden. Deux ans plus tard, Roger et moi avec Richard Brooks sur De sang-froid. Il souhaite faire avec nous son footing matinal et dès 8 heures, nous nous entretenons en courant, magnétophone en bandoulière !
Michel Ciment
La Mortification
{ 18 juillet 1977 }
Seul dans le compartiment, vous lisez Positif n° 195 : un texte ardu sur Hawks. À Dijon, un butor d’une trentaine d’années s’assied à votre gauche. Vous refermez la revue avec lassitude et gagnez le couloir, ignorant que l’indiscret est l’auteur de l’article.
Alain Masson
Fameuses réunions
{ 22 mars 1981 }
Je n’ai pas fait mes classes à Positif, ou plutôt si, mais comme lecteur, abonné dès les années 60. Après être passé par Cinéma, Écran et Image et Son, j’ai rejoint Positif en 1981 : aller aux fameuses réunions du dimanche, alors chez Michel Ciment, lire son texte la voix hésitante, après avoir écouté Gérard Legrand qui, debout, déclamait le sien comme un poème…
Jean A. Gili
À haute voix
{ juin 1986 }
Mon premier comité de rédaction dominical. Mon appréhension mêlée au plaisir fou de rencontrer ceux que je lisais depuis si longtemps. Le sentiment d’être immédiatement intégré au groupe. Mais aussi l’épreuve terrible, imposée à tous, de lire son texte à haute voix. Une pratique abandonnée depuis, au soulagement général.
Philippe Rouyer
Inoubliable
{ 1er septembre 1996 }
Membre du comité de rédaction depuis un an, je signe un article transversal sur Mike Leigh, Palme d’or pour Secrets et mensonges. En couverture du mois, Marianne Jean-Baptiste est Hortense, un masque blanc sur le visage : inoubliable, ma vraie entrée dans la famille positiviste !
Eithne O’Neill
Les yeux bleus de Cavalier
{ mars 2001 }
Yannick Lemarié, Françoise Audé et moi interviewons Alain Cavalier. Je demande à le photographier. D’accord… à condition qu’on ne voie pas son visage. Il pose en le cachant derrière ses mains. Quelques jours après, je reçois quatre photos d’identité prises dans un photomaton. J’ai gardé précieusement les yeux bleus de Cavalier en quatre exemplaires.
Laetitia Mikles
Femmes si chères
{ 3 janvier 2005}
Françoise Audé est morte. Brutalement. Je suis restée désemparée. Elle fut mon amie, mon mentor. Notre premier festival ensemble est
resté un souvenir apaisant : aux rencontres ensoleillées de Prades, en 2001, elle m’avait présenté Jeanne Labrune et Dominique Cabrera, ces femmes cinéastes si chères.
Dominique Martinez
Amitié française
{ 12 février 2010 }
Andrzej Wajda présente Tatarak à l’École normale supérieure Ulm. Messager de Bernard Chardère, je lui tends l’affiche jaunie d’une journée polonaise à Lyon annonçant Kanal… ainsi que le n° 21 de Positif avec Une fille a parlé en couverture. Il me prend dans ses bras. “Je lui dois tant… Positif, c’est ma plus belle amitié française”.
Élise Domenach
|
|
|
....................................................... |
|
|
|
...................................................... |
|
|