Tel-Aviv, le paradoxe
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    Tel-Aviv, le paradoxe

    Tel-Aviv, le Paradoxe

    Du 4 novembre au 6 décembre 2009

    Le Forum des images s’associe au centenaire de Tel-Aviv et organise un portrait de cette ville atypique du Moyen-Orient. Composé de près de 80 films, de tables rondes, d’hommages au réalisateur Eytan Fox et à l’actrice Gila Almagor, d’une nuit des séries télé, le Forum des images dresse un panorama le plus large possible des différents aspects d'une ville et d’un cinéma encore jeune mais de plus en plus reconnu en dehors de ses frontières. 

    Construite aux côtés de la ville arabe de Jaffa, Tel-Aviv résume à elle seule les contradictions israéliennes. Tout à la fois protégée et exposée au conflit, bouillonnante d’énergie, elle se vit comme une “bulle” pour reprendre le titre du film d’Eytan Fox, ou un “sas” entre plusieurs mondes comme l’écrit le journaliste Benjamin Barthe. Voilà pourquoi Tel-Aviv n’est pas une ville
    comme une autre. 

      
    Un cinéma politique


    Les cinéastes ne s’y sont en effet pas trompés : pas un film qui n’évoque la menace des attentats (Avanim, The Bubble) ou des agressions pendant la guerre d’Irak (Le Chant de la sirène, Autour de Yana), la pression du service militaire (Alila, Yossi et Jagger),
    les tensions entre communautés au sein de la ville (Jaffa, La Vie selon Agfa), l’arrivée massive de travailleurs étrangers illégaux
    suite au durcissement des passages entre les territoires palestiniens et Israël (Janem Janem), mais aussi la résistance à cette configuration géopolitique que beaucoup n’ont pas choisie, et l’urgence de vivre vite et fort qui caractérise si bien cette ville. En revanche, mais ce n’est pas un hasard, le cinéma palestinien a peu représenté cette ville nouvelle, symbole du projet sioniste fondateur, et quand il l’a fait, c’est non sans une certaine amertume (Paradise Now, Le Sel de la mer). 

      
    Une bulle sous tension


    Une ville qui ne dort jamais dit-on (comment le pourrait-elle ?). Cette effervescence, cet hédonisme affiché ne sont-ils pas une position politique ? Tel-Aviv, la ville qui refuse la pression religieuse face à Jérusalem qui se radicalise et qui tente difficilement d’exister sous la domination religieuse. La troisième, quatrième génération de jeunes Israéliens doivent composer avec ces contradictions fondamentales, cette schizophrénie. Oublier l’environnement politique, s’étourdir dans une ville qui ne dort jamais, à l’extrême liberté de moeurs, à l’imitation des grandes villes occidentales, et qui ne cesse d’être rattrapée par la réalité politique. Ainsi dans The Bubble, cet amour israélo-palestinien qui finit par être impossible. 

     
    Tel-Aviv, à l’image de l’identité israélienne


    Car Tel-Aviv ne peut se résumer à la “Bulle”, même si les porosités avec le reste de l’État apparaissent finalement assez peu dans le
    cinéma israélien contemporain. Peu de circulation visible entre Tel-Aviv et les autres villes, comme Jérusalem ou les territoires occupés qui mettraient Tel-Aviv en relief, ou en creux, qui permettraient d’en comprendre les spécificités. Les réalités politiques du pays prennent une autre dimension, présentes et absentes à la fois, traitées sur un mode poétique (Les Méduses) ou autobiographique (Depuis Tel-Aviv).
    “À Tel-Aviv, l’identité n’est pas encore faite. (…) À l’image de l’identité israélienne qui est à la fois antique et moderne (...) des forces antagonistes s’y opposent. C’est une ville suffisamment grande pour se perdre mais aussi suffisamment petite pour croiser tous les trois cents mètres des gens que tu connais de l’armée ou du lycée. C’est à la fois une mégapole et un schtetel.” Ainsi s’exprime Etgar Keret (Les Méduses) à propos de Tel-Aviv, révélant ses contradictions, mais aussi son attraction naturelle pour une ville cosmopolite, ouverte sur la mer, traversée par les énergies des créateurs, des intellectuels et des cinéastes. Après une vague de films sur le conflit dans les années 90, le cinéma contemporain se recentre sur des questions liées à l’intime, la famille ou la précarité dans les grandes villes (Année zéro). Sans oublier le point de vue des nouveaux personnages du cinéma israélien : celui des immigrés légaux ou illégaux, d’origine philippine, russe, d’Europe de l’Est ou d’Éthiopie qui côtoient, ignorent ou affrontent les autres, Palestiniens et Israéliens. Tel un perpétuel cheval de Troie, les clivages et le brassage de Tel-Aviv remettent perpétuellement en cause localement le jeu de la politique du pays.