L'Apollonide
    © Carole Bethuel
    L'Apollonide

    Des habits et des hommes

    Du 14 septembre au 30 novembre 2011

    Les vêtements que l’on porte en disent long sur nous-mêmes : époque, culture, âge, classe sociale. Le cinéma est un remarquable révélateur de ces codes, plus ou moins volontaires,
    plus ou moins explicites. Il sait aussi en jouer, tant pour construire ses personnages que pour magnifier son spectacle. La preuve en quelque 120 films.
     

    Exposer un décolleté, montrer ses chevilles, ses jambes, dévoiler sa chevelure, ses yeux, ou, a contrario, dissimuler des parties de son corps au regard d’autrui : ces pratiques existent à travers les époques et les cultures, et apparaissent, disparaissent ou réapparaissent au gré des évolutions politiques, sociales ou religieuses. 

    Le vêtement entre dans une autre dimension dès qu’il devient costume d’apparat. Éblouissement du regard, plaisir visuel et sensuel, dès lors qu’il prend une dimension esthétique, il devient élément de spectacle. Au-delà de la pudeur et de la protection des regards d’autrui, le vêtement reprend sa fonction initiale, la parure. Le théâtre et le cinéma ne s’y sont pas trompé ; l’art de l’acteur est par essence lié au plaisir du costume. Le déguisement n’est-il pas le point de départ du jeu, de la fiction ? 

     

    Masculin féminin

    Jusqu’à un âge avancé, Sarah Bernhardt a joué avec délectation des rôles de jeune homme, tradition scénique qui s’est prolongée à l’écran dès les débuts du cinéma. Mary Pickford fut un Petit Lord Fauntleroy très convaincant, et les grands artistes du burlesque, Charlie Chaplin ou Stan Laurel, ont interprété des rôles de femmes, ou (et cela est différent) d’hommes se faisant passer pour des femmes, en connivence avec le spectateur. 
    Des hommes qui se déguisent en femmes, des femmes qui se déguisent en hommes, par jeu ou par nécessité : le mois de septembre est consacré au thème du travestissement, qui pose d’emblée la question du genre et de l’identité sexuelle à travers le vêtement.
    Le déguisement ultime n’est-il pas la transformation en l’autre absolu, en “personne du genre qu’on n’a pas” comme le chantait joliment Guy Béart ? 

     

    Les poils sous le collant

    Le costume est à la base de cette transformation : il faut dissimuler les appâts sous des vêtements amples et couvrants, ou s’en créer par des subterfuges plus ou moins grossiers. N’est-ce pas plus drôle quand on devine les poils sous le collant ? Le déguisement de l’homme en femme constitue un ressort comique sans fin : on ne se lasse pas, dans Certains l’aiment chaud, de comparer la féminité outrancière de “Daphné et Joséphine” et celle, authentique et voluptueuse, de Marilyn. 

    Le travestissement (surtout des femmes en hommes) ne donne pas toujours à rire, et obéit quelquefois à une nécessité. À des époques et en des lieux différents, La Reine Christine troque ses habits royaux pour un costume masculin plus anonyme (quoique somptueux car dessiné par le talentueux costumier hollywoodien Adrian), et la jeune fille du Hors jeu de Jafar Panahi s’affuble d’une casquette et d’un jean pour assister à un match de football, interdit aux filles en Iran. 

     

    Un petit quelque chose

    “Vous savez qui était le couturier personnel de Marilyn Monroe ? C’était Marilyn Monroe elle-même. Elle ne s’intéressait pas aux costumes qu’elle portait dans les films. Elle n’était pas une élégante. On pouvait lui faire porter n’importe quoi. Si ça montrait quelque chose, alors elle l’acceptait. Du moment que ça montrait un petit quelque chose…”, a dit Billy Wilder. Et pourtant, la robe couleur chair de Certains l’aiment chaud et le jean porté par l’actrice dans La Rivière sans retour sont inoubliables… 

     

    La programmation "Des habits et des hommes" a été élaborée par Marianne Bonicel et Laurence Briot, programmatrices du Forum des images. 

     

    Bibliographie

    Filmographie complète

    Filmographie complémentaire