De Pekin a Taipei 1 000 visages de la Chine
    © Collection Christophel
    De Pekin a Taipei 1 000 visages de la Chine

    De Pékin à Taipei, 1 000 visages de la Chine

    Depuis plus de trente ans, le monde chinois connait de profondes mutations politiques, sociales, culturelles et urbaines. Cette métamorphose reconfigure radicalement les lieux de vie si particuliers que sont les villes. Chaque mégalopole charrie un imaginaire dont le cinéma s’empare et se nourrit à travers des récits qui mêlent fiction et réalité, puissance symbolique et critique sociale.

    C’est très simple, très compliqué, et finalement assez simple. Très simple : depuis son apparition en Chine – première projection Lumière en 1899, premier tournage par des Chinois en 1905 –, le cinéma montre ce qui arrive là, comme il le fait partout ailleurs. Et ce qui arrive là, c’est d’abord l’éveil du vieil Empire du Milieu à la modernité, et en particulier l’urbanisation, notamment dans la métropole métisse qu’est Shanghai, berceau et longtemps capitale du cinéma chinois. 

    C’est très compliqué, parce qu’il y a plusieurs histoires, plusieurs Chines, et plusieurs cinémas. Il y a l’histoire violente de l’exploitation de la Chine par les puissances occidentales et le Japon, l’histoire d’une des premières révolutions du siècle (en 1911) et d’une des premières républiques non-occidentales, l’histoire d’un enchaînement de guerres civiles et étrangères, d’une occupation sanglante par le Japon, de la résistance et de la victoire des communistes en 1949, de la sécession de Taiwan, de transformations extrêmes et de tragédies immenses, depuis le Grand Bond en avant jusqu’à l’actuelle domination des marchés boursiers en passant par la Révolution culturelle. 

    Il y a “la Chine”, continent immense, langue, culture, pensée, histoire plurimillénaire, et la République de Chine, la République populaire de Chine, Taiwan, Hong Kong, Macau, les diasporas chinoises dans le reste de l’Asie et sur la côte ouest de l’Amérique. Et puis les Chines imaginées par les Occidentaux, eldorados orientalisants, enfers du jeu et de l’opium, paradis révolutionnaires dont les lendemains déchanteront. 

    Il y a le cinéma scandé, en Chine continentale, par des “générations” qui désignent non seulement des époques mais des états entièrement différents : naissance des studios à l’époque du muet sur le modèle hollywoodien, activisme progressiste à Shanghai sur fond de guerre civile, cinéma militant pendant la guerre de résistance anti-japonaise, studios officiels sur le modèle soviétique dans les années 50, destruction pendant la Révolution culturelle, renaissance avec les stylistes de la 5e génération dans les années 80, émergence du documentaire critique et de formes alternatives influencées par le numérique, volonté officielle de rivaliser avec Hollywood. 

    Mais encore génie du film de genre avec les arts martiaux hongkongais, apparition d’immenses artistes singuliers à Taiwan, complexité des productions par et pour les diasporas. 

    Et finalement assez simple : dans sa multiplicité et ses contradictions, le(s) cinéma(s) chinois témoigne(nt) de la destruction des villes par les guerres et les crises, raconte(nt) les modes de vie traditionnels dans les ruelles et les maisons collectives, la singularité des hutong du vieux Pékin et le cosmopolitisme fondateur de Shanghai, donne(nt) à voir ce qui est chinois dans toutes les villes chinoises, aussi bien à San Francisco, Vancouver ou Kuala Lumpur que dans le désert de Gobi ou sur les côtes du Shandong. 

    Dans la dynamique de ses élans et de ses retournements, par les films noirs, les comédies et les romances aussi bien que grâce aux œuvres réalistes dénonçant excès, absurdités et tragédies, ont été documentés le surgissement foudroyant des immenses métropoles modernes, leur violence, leurs beautés, la rapidité de leur mutation, leur capacité à imiter, absorber, transformer les influences étrangères. 

    Jean-Michel Frodon, journaliste, critique, écrivain et enseignant 

     

    La programmation De Pékin à Taipei, 1 000 visages de la Chine a été élaborée par Zeynep Jouvenaux et Chantal Gabriel, programmatrices du Forum des images, assistées d’Issei Morimoto et Xinyu Zhou.  

     

    Conseillers artistiques : Jean-Michel Frodon, Wafa Ghermani, Damien Paccellieri, Luisa Prudentino, Bérénice Reynaud.

     

    Bibliographie

    Webographie