Tel-Aviv, le paradoxe : deuxième et dernière partieAprès un mois de novembre riche en événements et invités accompagnant le portrait d’une ville aussi attirante et paradoxale que Tel-Aviv, voici le temps du bilan, avec le cinéma de demain, porté par les jeunes réalisateurs des écoles de cinéma, le regard des réalisatrices israéliennes, cette toute nouvelle vague que l’on regarde émerger dans un pays en guerre depuis sa création. |
La configuration géopolitique d’Israël y est peut-être pour quelque chose. Plus d’une douzaine d’écoles de cinéma sont présentes sur ce petit territoire. À Tel-Aviv avec le département cinéma de l’université bien sûr, la formation la plus ancienne, mais aussi à Jérusalem avec Ma’aleh School. Un choix qu’il a fallu effectuer parmi de nombreuses autres écoles comme Sam Spiegel ou encore Sderot, non loin de la frontière avec la bande de Gaza. Ces jeunes réalisateurs révèlent les préoccupations tourmentées des Israéliens d’aujourd’hui, obligés de vivre les conséquences du conflit, mais aussi les tensions d’une société violente, marquée par des clivages très profonds entre communautés. À ce titre, le film kaléidoscope Tel-Aviv Location, articulé autour de dix courts métrages, composé spécialement pour le centenaire de la ville et projeté en avant-première au Forum des images, est révélateur des audaces que se permettent aujourd’hui les jeunes auteurs.
Révélatrices des tensions internes de la société israélienne, les jeunes réalisatrices émergent à l’avant-garde du cinéma de leur pays. Auréolé de plusieurs prix à Cannes en 2003 (Caméra d’Or, Grand prix de la Semaine de la Critique..), Mon trésor est un film âpre et bouleversant sur une prostituée, mais aussi une radiographie d’une “société malade” comme le dit sa réalisatrice Keren Yedaya, qui évoque un lien entre la soumission forcée de la femme et celle de l’oppression palestinienne par l’introduction violente d’un personnage
de soldat. Hagar Ben-Asher, en traitant de la question de la sexualité, dans “la veine cinématographique de Catherine Breillat” d’après Ariel Schweitzer (critique et spécialiste du cinéma israélien), lance également des messages à l’encontre de son pays. De leur côté, Michal Bat-Adam et Ronit Elkabetz dessinent un cinéma de femme entre l’intime et la chronique sociale contemporaine.
Pour les réalisateurs qui le choisissent comme décor et coeur de l’intrigue, Jaffa représente bien plus que le vieux quartier pittoresque où demeurent encore quelques belles maisons arabes désormais habitées par les artistes branchés. Robert Manthoulis (Jaffa la mienne) rappelle, grâce aux archives, la splendeur passée de la vieille ville tandis que Keren Yedaya (Jaffa) imagine une histoire d’amour inévitable et impossible. Mais c’est avec Le Sel de la mer* qu’Annemarie Jacir réussit le mieux à faire passer le message des Palestiniens dépossédés de leurs terres par son regard de femme occidentale jusqu’auboutiste s’opposant à la vision, réaliste et non sans humour, de ses compatriotes palestiniens.
* Ce film a été déprogrammé à la dernière minute par la réalisatrice qui n’a pas souhaiter s’associer à ce programme.
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