Il y a un peu plus de deux ans maintenant, nous avons décidé que le « portrait de ville » de cette année 2009 serait celui de Tel-Aviv. Il nous a semblé que le cinéma, dans la profusion et la diversité de ses regards, faisait irruption – au sens où soudain quelque chose se brise – dans l’image que chacun d’entre nous a de cette ville. Sans la connaître très bien pour autant. Autrement dit, sans connaître ce qu’elle révèle de contradictions et de paradoxes. Sans connaître les voix multiples, hétérogènes, antinomiques qu’elle porte. Sans connaître les tensions ou la violence qu’elle génère. Sans connaître les mythes sur lesquels elle s’est créée et perdure.
Et pourtant en pleine conscience de la place que cette ville occupe dans un conflit qui suscite à travers la planète une passion inégalée.
À titre individuel, chacun d’entre nous, au Forum des images, a des appréciations, des prises de position, des convictions, des luttes éventuellement, qui peuvent à un moment ou l’autre l’amener à prendre position dans ou sur ce conflit. Mais collectivement, nous n’avons pas douté de la pertinence de notre choix. Parce que le cinéma, précisément, est l’un des espaces – au même titre que n’importe quel espace de création – qui permet de soutenir des regards différents, et même des regards contradictoires, et même des regards ennemis sur une situation donnée, à un moment donné. Parce que le cinéma, par la diversité des films à laquelle il donne naissance, est le lieu idéal pour tracer un portrait à mille facettes, et qu’importe qu’elles soient antagonistes, de ces villes dont nous aimons nous approcher.
Nous avons évidemment conçu notre portrait cinématographique de Tel-Aviv comme une invitation ouverte à tous et à toutes. Par-delà les nationalités et les religions – mais faut-il vraiment le préciser ? Certains réalisateurs palestiniens et certains réalisateurs israéliens ont décliné notre invitation. Ils nous ont refusé l’accès à leurs films. Nous respectons évidemment leur choix. Même si tout aussi sincèrement, connaissant, et pour cause, notre démarche, nous le regrettons.
En proposant un portrait de Tel-Aviv, nous avons eu le sentiment, et nous continuons de l’avoir, de contribuer à l’une des missions que nous nous sommes attribuée : donner à nos spectateurs, par le prisme de l’art, grâce au prisme de l’art, les moyens de nourrir, et donc d’enrichir ou de bousculer, leur réflexion sur le monde.
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