"Prendre la parole", un séminaire de Jean-Louis ComolliÀ l'occasion d'une dizaine de séances, le cinéaste et critique Jean-Louis Comolli parcourt l’histoire du cinéma en commentant des films qui prennent la parole. A chaque rendez-vous, la projection est présentée puis suivie d'une analyse, souvent enrichie d’extraits et de citations. |
24 City
de Jia Zhang-Ke
avec Joan Chen
Chine / fict. vostf 2008 coul. 1h52 (35mm)
En Chine, à Chengdu, une cité ouvrière est réhabilitée en résidence moderne renommée “24 City”. Jia Zhang-Ke interroge d’anciens ouvriers de la cité et de nouveaux habitants dont il assemble les témoignages à des improvisations d’acteurs. Le cinéma de Jia Zhang-Ke inaugure ce séminaire avec 24 City où le présent se parle à la frontière du documentaire et de la fiction.
Intervista
de Anri Sala
Abanie / doc. 1998 vostf coul. 26min (vidéo)
A partir des images silencieuses d'une interview prononcée des années plus tôt par sa mère, le cinéaste cherche à déchiffrer ses paroles pour faire renaître son discours idéologique et militant prononcé à l'époque de la dictature d'Enver Hoxha.
Terre sans pain
(Las Hurdes : Tierra sin pan)
de Luis Buñuel
Esp. / doc. vostf 1936-1965 n&b 27 min (35mm)
Le film le plus violent de Buñuel. La misère des habitants des Hurdes est décrite en détail, loin de toute pitié, sans compassion ni bons sentiments. Le cinéaste noircit délibérément le tableau, et le parti-pris tragique des images est renforcé par la puissance du commentaire, l’un des plus autoritaires de toute l’histoire du cinéma. C’est ici la voix du maître qui nous guide. Et nous ne lui échapperons pas plus que n’échappent à leur destin funeste les malheureux Hurdanos. Il s’agit pour Buñuel de dénoncer – sur le ton d’une rage froide – l’hypocrisie sociale qui tolère la misère en feignant de la combattre. Occasion pour nous de réfléchir au rôle et à la place des ces voix off qui pendant longtemps ont été les seules voix possibles dans les documentaires. Mais Terre sans pain est-il un documentaire ?
Toni
de Jean Renoir
avec Charles Blavette
France / fict. 1934 n&b 1h25 (35mm)
Comment entendre la voix de l’étranger, les mots qu’il porte avec lui ? Toni, émigrant italien, vient chercher du travail dans le Sud de la France. Cela se passe deux ans à peine avant le Front populaire. Le fascisme mussolinien règne en Italie. Toni va trouver en France l’amour et la mort. Jean Renoir choisit de tourner le film en extérieurs (« décors naturels ») et en son direct, peu praticable encore à l’époque. Pour cela, il emprunte à Marcel Pagnol le camion-son qui a servi à tourner Angèle. Le son direct, si délicate que soit encore sa mise en œuvre, a l’immense avantage d’enregistrer la voix du comédien saisie dans la vérité du lieu et de l’instant où elle se fait entendre. Le son direct restitue la vérité même de l’énonciation : le comédien est traité à la fois comme personnage de fiction et comme corps documentaire. Et le drame est vécu au vrai par ceux qui le jouent. Par la force réaliste du son, le film s’ouvre à l’imprévu. Le tournage devient un événement du réel.
Moi, un Noir
de Jean Rouch
avec Oumarou Ganda
France / fict. 1958 coul. 1h10 (35mm)
Moi, un Noir est tourné en 1958. Il n’est pas encore possible à Jean Rouch de filmer en son direct la vie ordinaire d’Oumarou Ganda, dit E. G. Robinson , docker à Abidjan. Pourtant, Robinson et ses amis, Eddie Constantine et Dorothy Lamour, vont prendre la parole – non sans vigueur et fantaisie. Le commentaire en direct imaginé par Rouch leur ouvre la bande-son du film.
De 1960 à aujourd’hui, triomphe du son direct et questionnement de la parole – au cinéma. Nous sommes dans un temps où le flux des paroles est de plus en plus désincarné. Comment le cinéma direct nous met-il à l’épreuve du désordre majeur du corps pris dans la passion du langage ? Nous verrons Ghorba-légende, de Amal Khateb (2008) et Scènes de chasse au sanglier, de Claudio Pazienza (2008).
Ghorba-légende
d’Amal Kateb
France / doc. 2007 coul. 27min (vidéo)
Youssef et Zamiich arrivent en France clandestinement. Pour vivre, ils vendent des cigarettes dans la rue. Le soir, ils se retrouvent, blottis dans une chambre minuscule, partageant leur rêve et leur espoir.
Scènes de chasse au sanglier
de Claudio Pazienza
avec Jacques Sojcher, Carlo Pazienza
France / doc. 2007 coul. 46min (vidéo)
Claudio Pazienza filme une chasse au sanglier et pointe sa caméra sur la mort de l’animal comme le fusil lui-même, tel un prédateur. Il en ressort une méditation sur l’art de garder une trace de ce qui a vécu.
Ernesto Che Guevara, journal de Bolivie
de Richard Dindo
France / doc. 1994 coul. 1h40 (35mm)
Les acteurs et les témoins d’un moment d’histoire en font le récit des années plus tard, dans un film. Le cinéma documentaire suscite et crée cette parole d’après-coup ; il en fait aussi un outil de justice et de vérité quant à ce qui a été vécu dans l’aveuglement. L’absence redonne présence. Exemples : Che Guevara, Journal de Bolivie de Richard Dindo (1994) ; et une séquence de S21 de Rithy Panh (2004).
La frontière censée séparer fiction et documentaire est bien poreuse. La parole unie à l’image (Une sale histoire, Jean Eustache, 1977) ou séparée d’elle (Disneyland, mon vieux pays natal, Arnaud Des Pallières, 2000) vient encore brouiller cette frontière. Articulée dans un film, la parole est en même temps document et récit, performance et fiction.
Disneyland, mon vieux pays natal
d’Arnaud des Pallières
France / doc. 2000 coul. 46min (vidéo)
Réalisé à l'occasion d'une commande d'Arte pour la série "Voyages, Voyages", un film original qui prend pour cadre et pour sujet le parc de loisirs de Disneyland Paris.
Une sale histoire
de Jean Eustache
avec Michael Lonsdale, Jean Douchet
France / fict. – doc. 1977 coul. 49min (35mm)
La même histoire de voyeurisme dans un café de la Motte-Picquet, racontée à deux reprises, d'abord avec perversité par Michael Lonsdale, au milieu d'une assemblée d'hommes et de femmes réunies dans un salon; puis avec naturel par Jean-Noël Picq, qui a effectivement vécu cette aventure.
Le temps est à la croyance que la parole est libre. Illusion. La liberté en paroles comme en images est l’enjeu d’une bataille entre le modèle disciplinaire du marché, qui standardise tout, et les puissances d’effraction que sont la souffrance, la pudeur, la retenue, la dignité, le désir lui-même. Au travers des oliviers de Abbas Kiarostami (1995) raconte comment on ne parle pas pour rien dire.
Au travers des oliviers
(Zir e Darakhtan e zeyton)
d’Abbas Kiarostami
avec Hossein Rezai,
Iran / fict. vostf 1994 coul. 1h43 (35mm)
Une équipe de cinéma s'installe, parmi les oliviers, dans un village du nord de l'Iran qui vient d'être dévasté par un tremblement de terre.
A visionner en salle des collections :
> Les films de Jean-Louis Comolli
A lire :
> Le nouveau livre de Jean-Louis Comolli "Cinéma contre spectacle" (éditions Verdier)
> L'Action parlée (format pdf)
> "L'Acteur de passage, esquisse d'une renaissance" (extrait), à paraître (éditions Argos)
Voir le détail de la séance du 23/09/2009
Lire les notes de Jean-Louis Comolli
Voir le détail de la séance du 14/10/2009
Extraits de "Visite interdite" in Voir et pouvoir, Jean-Louis Comolli, éd. Verdier, 2004
Voir le détail de la séance du 28/10/2009
Voir le détail de la séance du 09/12/2009
Retrouvez également les films de Jean Rouch en Salle des collections.
Voir le détail de la séance du 16/12/2009
Lire "La Chasse au snark est ouverte" de Jean-Louis Comolli (extrait)
Pour des raisons techniques, l'enregistrement de la séance du 16/12/2009 n'est pas disponible.
Voir le détail de la séance du 06/01/2010
Vous pouvez également voir "Ernesto Che Guevara, journal de Bolivie" dans la Salle des collections.
Voir le détail de la séance du 20/01/2010
Vous pouvez voir dans la Salle des collections :
"Disneyland mon vieux pays natal" et "Une sale histoire"
Voir le détail de la séance du 27/01/2010
Cinéaste et critique, ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, Jean-Louis Comolli a publié un recueil de textes et d’interventions “Voir et pouvoir”, en 2004, et très récemment “Cinéma contre spectacle” (Éd. Verdier). Documentariste, il est notamment l’auteur de plusieurs films sur la vie politique marseillaise.
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