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Naissance de la parole
“Il est permis de prendre le langage pour la vraie différence entre les hommes et les bêtes”, a écrit Descartes à la suite d’Aristote qui, quelques siècles plus tôt, pensait que “L’homme, seul de tous les animaux, possède la parole.” Grand mystère et mythe originel, la naissance de la parole est un passage, celui de l’animal à l’homme (L’Enfant sauvage) et celui de l’enfance sans mots à la société des parlants (Miracle en Alabama, Ce gamin-là). Avec Koko, le gorille qui parle, c’est bien la frontière troublante entre la communication animale et la parole humaine qui se cherche et questionne. Et aussi Human Nature et La Ferme des animaux.
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Le Verbe et le sacré
Pendant sept ans, tous les soixante ans, les Dogons de la falaise de Bandiagara au Mali commémorent la révélation faite aux hommes de la parole orale (Sigui de Jean Rouch). À travers les rites ou la prière (Ordet), l’interprétation de la Torah (My Father, My Lord) ou la construction d’une mosquée (Dernier maquis) se joue la relation à la parole transcendante, scellée au monde divin, transmise par le sage bouddhiste (Printemps, été, automne, hiver et printemps), révélée à Moïse (Moïse et Aaron) ou incarnée par le Christ (L’Évangile selon Saint Matthieu). Et aussi Les Onze Fioretti de saint François d’Assise et L’Annonce faite à Marie.
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Jeanne d’Arc
Personnage fascinant habité par la parole, Jeanne d’Arc a reçu sa vocation de la voix de Saint Michel qu’elle n’a jamais cessé de prier. Femme iconoclaste, bergère et chef de guerre, sainte et sorcière, sa parole a affronté tous les préjugés et le pouvoir de son temps (Jeanne la Pucelle de Jacques Rivette) jusqu’au tribunal qui la conduira au bûcher. Les récits des historiens (Michelet, Peguy) comptent aujourd’hui avec les mises en scène de cinéma : la sainte parole de Jeanne d’Arc crève l’écran et habite le silence (chez Dreyer), sa foi et son combat -dépouillé de tout héroïsme- s’incarnent dans une Jeanne “plausible”, comme disait Maurice Pialat à propos du film de Jacques Rivette.
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Allo ?
Le XXe siècle a vu apparaître les machines parlantes comme le téléphone et la radio qui portent ou plutôt transportent la parole. Le cinéma, depuis ses débuts, met en scène ces objets parlants en jouant de leur médiation, de la présence et de l’absence de celui qui parle ou de l’interlocuteur auquel on s’adresse, le téléphone devenant parfois un véritable personnage. De Cocteau, avec Le Bel Indifférent et La Voix humaine - adapté par Rossellini -, à Radio Days de Woody Allen, la communication moderne apparaît tour à tour impuissante ou socialisante, avant de devenir omniprésente jusqu’à l’absurde dans Denise au téléphone. Et aussi Faisons un rêve.
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