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    "Chronique d'un été" d'Edgar Morin et Jean Rouch
    © Tamasa
    "Chronique d'un été" d'Edgar Morin et Jean Rouch

    Cinéma ville - mars 2014

    Le Parisien

    Ce mois-ci, partons à la rencontre du Parisien, cet être exotique aux moeurs insolites. En décentrant le regard et démultipliant les points de vue, le cinéma nous invite à renouveler notre façon d’appréhender la ville et la vie. Excursion malicieuse dans la capitale où le plus familier apparaît sous un jour cocasse et ce qui semblait lointain se révèle tout à coup infiniment proche.

    "Monsieur, je vais prendre vos mesures. Ça ne vous dérange pas ? Je suis étudiant en anthropologie, il me manque une mesure pour avoir mon diplôme". Cette demande, adressée à un Parisien, se déroule dans Petit à Petit (1969) de Jean Rouch, grand cinéaste ethnographique qui a également réalisé des fictions joyeusement délurées. Le film offre un changement de perspective plein de fraîcheur, à travers deux Nigériens qui se rendent à Paris afin d’étudier les manières de vivre des Parisiens et de voir notamment "comment on peut vivre dans des maisons à étages". Le sens vif de l’observation, qui n’exclut pas la bienveillance, est caractéristique de l’oeuvre de Rouch qui prenait déjà le pouls de la ville et de ses habitants dans Chronique d’un été (1962), coréalisé avec Edgar Morin.

    Autre grand documentariste, Raymond Depardon signe, avec Paris (1997), une fiction tout en finesse où une directrice de casting cherche dans le flot des passagers de la gare Saint-Lazare l’interprète possible d’un film sur le quotidien d’une jeune femme. Paris-plage (1958) de Yannick Andrei parodie les loisirs dominicaux des Parisiens observés comme une faune étrange. Écosystème, le mot est dit. Passemerveille de Guillaume Massart (2009) détourne avec humour les codes du documentaire animalier ; une voix off exquise (Michael Lonsdale) y décrit les espèces animales et humaines du bois de Vincennes. Alors que la loi de la jungle règne dans les cercles intellectuels et mondains (Rien sur Robert de Pascal Bonitzer, 1998), une sublime orang-outang prend le thé au Jardin des Plantes (Nénette de Nicolas Philibert, 2009). Entre nature et culture, fiction et réalité, le prosaïque et le merveilleux, les frontières sont décidément bien poreuses.