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"Je vous parie que neuf personnes sur dix, si elles voient de
l'autre côté de la cour une femme qui se déshabille avant d'aller se coucher,
ou simplement un homme qui fait du rangement dans sa chambre, ne pourront
s'empêcher de regarder. Elle pourraient détourner le regard en disant : "cela
ne me concerne pas", elles pourraient fermer leurs volets, eh bien ! elles ne
le feront pas, elles s'attardent pour regarder." Alfred Hitchcock a
tenu ces propos à François Truffaut au sujet de
Fenêtre sur cour,
dont l'action se déroule l'été - quand les gens laissent les fenêtres ouvertes,
dévoilant leur intimité - dans la cour d'un immeuble new-yorkais.
New York ou Paris, la grande ville est propice au voyeurisme : la
concentration humaine est très forte, les voisins sont proches, le
"vis-à-vis" entre les appartements est la règle. Le
court métrage La découverte
(Arthur Joffe, 1980) montre ainsi un jeune couple épié par un voisin lubrique.
Dans Une sale histoire
(1978), Jean Eustache filme le récit d'une
véridique histoire de voyeurisme, qui s'est déroulée dans les toilettes d'un
café parisien.
Chez le voyeur, la "pulsion scopique" coïncide
souvent avec la pulsion sexuelle, et voyeurisme rime alors avec érotisme :
Un chant
d'amour (1950), unique film - longtemps interdit -
de l'écrivain Jean
Genet, met en scène la relation amoureuse qui parvient à se
nouer entre deux prisonniers à travers un trou creusé dans le mur, sous les
yeux d'un surveillant. La captive
(Chantal Akerman, 2000), adaptée de La prisonnière de Marcel Proust, raconte une autre histoire
d'enfermement : celle d'une jeune femme subissant la surveillance constante,
dans son appartement, d'un mari maladivement jaloux. Autre variation érotique
autour du voyeurisme, La prisonnière
(1968), dernier film d'Henri-Georges Clouzot, qui montre des jeux sexuels de
soumission mis en scène par un galeriste et un photographe pervers.
"Voir sans être vu", définition du voyeurisme,
peut justement s'appliquer au métier de photographe, mais sans perversité ni
manipulation cette fois : La place et le
photographe (Arno Gaillard, 1991) montre la façon
d'opérer de Raymond
Depardon, photographiant à leur insu des passants dans les rues
de Paris.
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| | | | Microscope ou rats de
laboratoire |
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| | | L'observation est une des modalités principales de la
science. Même si l'objet d'étude est un humain, c'est-à-dire un sujet, il se
transforme aux yeux des scientifiques en rat de laboratoire. Ce parallélisme
est clairement présent dans Mon oncle
d'Amérique (1980), où des images de rats sont
présentées en contrepoint de séquences montrant des épisodes de la vie de trois
personnes. D'ailleurs, Alain
Resnais a conçu ce film avec le professeur Henri Laborit,
spécialiste du cerveau, qui est présent à l'écran.
Le couple
témoin (1975) présente aussi, mais sur un mode
drolatique, une expérience menée par des scientifiques : le comportement à son
domicile d'un jeune couple, joué par André Dussollier et Anémone à leurs
débuts, est analysé, disséqué, commenté par une équipe de sociologues peu
soucieux de respecter l'intimité, ni de reconnaître la part d'ombre des
individus qu'ils étudient. Il est d'ailleurs amusant que ce soit un Américain,
William Klein, qui se soit
ainsi penché sur les habitudes des Français moyens.
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| | | Depuis la naissance de la télévision, le
cinéma a toujours été polémique à son sujet, en dénonçant le voyeurisme malsain
d'une société subjuguée par le malheur des autres, la course à l'audimat ou la
manipulation de l'image.
La machine
(1977) décrit les dérives que la télévision peut engendrer : un jeune ouvrier
solitaire enlève et tue une fillette. Au fur et à mesure que l'enquête avance,
les médias se déchaînent, réclamant la tête de l'assassin. La machine, c'est la
guillotine, mais aussi la télévision, dont
Paul
Vecchiali montre le pouvoir sur l'opinion.
La
comédie de caractères de Camille de Casabianca
Le fabuleux destin de madame
Petlet (1995) égratigne une télévision soumise à
la loi de l'audimat à travers le personnage d'une scénariste en manque
d'inspiration, qui épie à son insu sa nounou. Dans un autre genre, le téléfilm
Cœur de cible
(Laurent Heynemann, 1996), écrit par le journaliste Bernard Pivot et joué par
de vraies vedettes de télévision, décrit l'univers impitoyable du
"petit écran".
Le personnage du
présentateur de télévision est au cœur du
Quatrième
pouvoir (Serge Leroy, 1985) : une présentatrice
vedette, fortement inspirée par Christine Ockrent, diffuse une cassette vidéo
contenant des "secrets défense", provoquant un scandale politique. Les liens
entre pouvoir politique et télévision sont d'ailleurs remarquablement expliqués
dans la série Télévision
(histoires secrètes) (Maurice Dugowson, 1996) qui
retrace vingt ans de télévision française d'un point de vue politique,
économique et historique.
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| | | A l'opposé du voyeurisme le plus souvent de règle dans les émissions de
téléréalité, où l'on livre son intimité en pâture, la tentation se développe de
ce qu'en littérature on appelle "autofiction". Rarement
le cinéma aura été aussi foisonnant de films écrits à la première personne.
Synonyme de légèreté, d'autonomie et de moindre coût, la vidéo contribue à
cette floraison d'autoportraits. La collection Paris au cinéma, depuis quelque
temps déjà, se fait l'écho de cette tendance.
Tournés comme on
écrit son journal intime (l'un de ces films s'intitule d'ailleurs
Journal -
Sébastien Laudenbach, 1998), ces documentaires racontent souvent des moments de
crise : dépression (Demain et encore
demain, Dominique Cabrera, 1997), rupture
amoureuse (Je suis venue te
dire, Lætitia Masson, 1996), maladie (La
pudeur et l'impudeur, Hervé Guibert, 1991), peur
de la vieillesse et de la mort (Un âge
passe, Michel Polac, 1998). Ce cinéma du moi œuvre
dans la sincérité et la pudeur. En murmurant "je", les
cinéastes disent "nous" : jeu de miroir, jeu
salvateur.
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| | | Dix ans
après la légalisation de la vidéosurveillance dans la rue, les caméras de
contrôle sont présentes dans tous les domaines de notre vie quotidienne :
crèches, écoles, transports, entreprises, logements collectifs, centres
commerciaux et même dans les cimetières. Dans
Lents que nous
sommes (Vivianne Perelmuter, 1992), un homme, à
son poste de surveillance vidéo, observe une jeune femme qui regarde la ville
bouger devant elle sans réagir. Cet urbanisme sous contrôle est au cœur du seul
film d'anticipation de Jean-Luc
Godard, Alphaville (1965) :
Lemmy Caution, agent secret, vient des Pays extérieurs pour détruire
Alphaville, soumise au pouvoir terrifiant de l'ordinateur Alpha60. Dans la même
veine, A propos du
monde (Pierre Chauvris, 1998), film-fleuve
expérimental, propose une critique de la société de contrôle.
Si
elle ne passe pas par les caméras, la dictature de la bureaucratie est tout
aussi terrible : dans Le procès
(1962), Joseph K., paisible et modeste employé de bureau, est arrêté pour une
raison qu'il ignore. Orson Welles fait du contrôle des êtres et des choses une
obsession dans toute son œuvre d'auteur et d'acteur.
Mais la
caméra est aussi utilisée par ceux qui veulent espionner les autres. Dans
Une pure
coïncidence (2002), soupçonnant une boutique de
change d'héberger une bande de racketteurs de sans-papiers parisiens,
Romain Goupil et ses amis
se transforment en détectives privés. Le réalisateur invente, pour filmer sans
être vu, une poussette où une caméra est dissimulée derrière la tête de sa
fille et un micro enfoui dans une peluche qu'elle tiendra pendant le tournage.
Il utilise une caméra supplémentaire pour se filmer lui-même menant l'enquête.
Le tournage de sa propre enquête devient ainsi un dispositif. Les méthodes des
vrais "services secrets" sont au cœur du
Dossier 51 de
Michel Deville : inspiré d'un roman de Gilles Perrault, le film montre comment
un service secret étranger cherche à manipuler un haut fonctionnaire parisien
et mène une enquête biographique poussée sur cet homme.
Si la
pulsion voyeuriste chez l’homme ne date pas d’hier, ces quelques films montrent
comment notre monde a pu se transformer en dictature du "tout
voir", société de surveillance et empire des écrans. Notre univers
de profusion des images expose aux risques de la saturation et de
l’aveuglement. Plus que jamais, le cinéma est un moyen pour
"construire notre regard et constituer sa
liberté".
Le programme
Observés s'est tenu au Forum
des images du 13 septembre au 20 octobre 2005.
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| Cette filmographie
reprend l'ensemble des films cités dans ce parcours thématique évoquant la
capitale.
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Journal
de Sébastien Laudenbach 1998, 11min
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| | Surveiller et punir, Michel Foucault, Gallimard, 1975
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La société du spectacle, Guy Debord, Gallimard, 1996
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La télévision de l'intimité, Dominique Mehl, Seuil, 1996
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Sous le soleil de Big Brother : précis sur
"1984" à l'usage des années 2000 : une relecture d'Orwell, François Brune, L'Harmattan, 2000
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L'intimité surexposée, Serge Tisseron, Hachette
Littératures, 2001
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L'empire des écrans, Jacques Gautrand, Pré-aux-Clercs, 2002
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L'empire du Loft, François Jost, La
Dispute, 2002
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26 secondes. L'Amérique éclaboussée par
l'assassinat de John F. Kennedy, Jean-Baptiste Thoret, Rouge
Profond, 2003
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L'exposition de soi : du journal intime aux
webcams, Anne Cauquelin, Eshel, 2004
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