| | | | Haussmann, le "ministre" de Paris |
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| | | Nommé Préfet de la Seine en 1853, destitué en 1870, le baron
Georges-Eugène Haussmann (1809-1891) a durant dix-sept ans été le
"ministre" de Paris, une capitale profondément remodelée
et embellie. Les douze arrondissements, dont il hérite, sont surpeuplés,
incommodes, embouteillés, taudifiés et malsains (les trop nombreuses victimes
de l'épidémie du choléra, en 1832, sont encore dans toutes les mémoires…). Il
est vrai que la ville attire des populations de toutes les provinces et de
nombreux pays voisins, à la recherche d'un emploi, d'un statut, bref d'une
situation. Et ce faisant, Paris voit sa population s'accroître
considérablement, passant d'environ six cent mille habitants à la Révolution à
plus d'un million en 1846 et deux millions en 1876. Entre-temps, il est vrai,
Paris s'est agrandi, annexant en 1860 plusieurs villages ou morceaux de
villages mitoyens et se dotant de vingt arrondissements.
Influencées par Napoléon
III (qui a beaucoup apprécié Londres, lors de son exil), les
ambitions d'Haussmann concernent les réseaux (percements de nombreuses avenues
et boulevards, facilitant ainsi la circulation dans la ville et en particulier
autour des gares ; canalisations en sous-sol d'égouts, de conduites d'eau et de
gaz), les parcs et jardins (les bois de Vincennes et de Boulogne sont rattachés
à la ville et les squares de quartier se multiplient), les immeubles de qualité
(nouvelle législation sur les hauteurs, les façades, les équipements, les
techniques du lotissement), l'administration de la ville et le confort
(mobilier urbain, éclairage, fontaines, etc.).
Décrié par les uns
qui crient à la gabegie (Les comptes fantastiques d'Haussmann, par Jules Ferry) ou à la répression
policière (installation de casernes et boulevards gênant l'édification des
barricades), encensé par d'autres qui s'enthousiasment pour une ville
étincelante, luxueuse, admirée du monde entier, le baron Haussmann, si
controversé, n'est pas devenu pour autant un personnage du 7e art. Certes, les
adaptations cinématographiques des romans de
Zola, parfois, le font
apparaître, mais il a le mauvais rôle, celui par qui la spéculation
immobilière, les magouilles foncières, les compromissions de toute nature sont
possibles… La réalité historique est moins spectaculaire, le baron Haussmann
est un homme de pouvoir, travailleur acharné, appréciant certes les maîtresses
et un train de vie digne de son rang, mais cela prendra fin avec son départ des
affaires. Il rédige alors les trois volumes de ses
Mémoires (1891-1893), s'essaie
à la poésie et se consacre aux orchidées.
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| | | Quelques documentaires exposent, plans et
illustrations d'époque à l'appui, l'ampleur des travaux haussmanniens et
tentent d'apprécier, de manière critique, l'œuvre du baron Haussmann et de ses
acolytes, tels Belgrand et
Alphand.
Le baron
Haussmann de Roland Bernard visite les
"bonnes adresses" du Préfet et insiste sur les
équipements qu'il installe à Paris (eau, lumière, halles, gares, opéra et
théâtres…). La série de Pierre Dumayet,
Impressions
d'Orsay, propose un
Haussmann et
l'haussmannisation, par Jean Douchet, qui, en
quatorze minutes, alterne des documents iconographiques d'époque et des vues
contemporaines prises depuis un hélicoptère. Un tel procédé laisse croire que
Haussmann a anticipé sur les besoins de notre époque en matière de circulation,
par exemple, alors qu'il n'en est rien… Le film privilégie les grandes percées,
les parcs et les espaces verts au logement ou aux marchés de quartier.
Avec Paris, roman d'une
ville, Stan Neumann, accompagne dans ses parcours
l'historien François Loyer, auteur d'une monumentale étude :
Paris XIXe siècle. L'immeuble, la rue (Hazan, 1987). La ville vue des toits est absolument magique,
on découvre une autre typo-morphologie, on prend mieux compte des gabarits, des
perspectives, des échelles du bâti. C'est une véritable leçon d'urbanisme, in
situ, que nous délivre l'historien et l'on apprend ainsi l'incroyable subtilité
des praticiens de cette époque et l'étonnante prouesse des édiles à fabriquer
une ville-décor.
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Au bonheur des dames d'André Cayatte
| Les fictions nous éclairent également sur
le Paris haussmannien, non pas tant sur les procédures ou les règlements, mais
sur "l'atmosphère" de la vie parisienne durant une
période que les historiens nomment "l'âge d'or du capitalisme
français". Pas pour tous et Zola ne se prive pas pour raconter les
difficultés d'une Gervaise, par exemple. Avec
La curée, jamais adapté au
cinéma, il reconstitue avec une rare perspicacité l'euphorie d'un temps de
l'argent facile.
Les films adaptés des
Rougon-Macquart contiennent de
nombreux anachronismes (tant au niveau de la langue parlée que du mobilier ou
de certains vêtements), mais la reconstitution de Paris en studio est souvent
fidèle : c'est l'ambiance des salons, des bureaux, des magasins, des scènes de
rue, qui exprime bien ce qu'était le Second Empire, comme en témoignent
Au bonheur des
dames d'André Cayatte (1943, certains y voient une
illustration du corporatisme de Vichy…) ou la version muette de Julien Duvivier
(1929). Pot-Bouille,
également de Julien Duvivier (1957), raconte l'ascension sociale d'Octave
Mouret avant qu'il n'ouvre son grand magasin Au bonheur des dames ; Gérard
Philipe est grandiose de cynisme et de détermination, Danielle Darrieux
émouvante et la jeune Bernadette Laffont déjà effrontée…
Gervaise de
René Clément (1955, avec Maria Schell et François Périer) montre bien les
faubourgs de la ville et le rôle, pour le petit peuple, de l'Assommoir - ce
bistrot au mauvais alcool qui assomme.
Nana de
Christian-Jacque (1954, avec Martine Carol, et Charles Boyer) décrit le monde
si particulier de la demi-mondaine, des théâtres de boulevard et des gens de la
haute bourgeoisie qui s'encanaillent. Il existe plusieurs adaptations de ce
roman, dont la version de Jean Renoir,
Nana, en 1926,
à laquelle a collaboré la fille de l'écrivain, Denise Leblond-Zola.
De nombreux films, furtivement et sans le dire, montrent des quartiers
haussmanniens ou débutent par un long travelling - une vue panoramique - sur
des avenues tracées sous le Second Empire. Les larges boulevards avec des
lampadaires, des bancs publics, des urinoirs, ou encore les parcs et les bois
urbains, sans oublier les immeubles de rapport, témoignent du décor de cette
époque. Un bon nombre de films les utilisent, les lister serait fastidieux :
citons Cléo de 5 à 7
(Agnès Varda, 1962), Paris vu par
... produit par Barbet Schroeder (Jean Rouch, Jean
Douchet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol, 1965),
Paris au mois
d'août (Pierre Granier-Deferre, 1965),
Le samouraï
(Jean-Pierre Melville, 1967), Place de la
République (Louis Malle, 1972),
I comme Icare
(Henri Verneuil, 1979), Femmes de
personne (Christopher Frank, 1984),
Rive droite, rive
gauche (Philippe Labro, 1984),
Place Vendôme
(Nicole Garcia, 1997)… sans oublier un montage d'extraits de documentaires et
de films d'époque, Paris 1900
(Nicole Vedrès, 1947).
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| | Atlas du Paris haussmannien. La ville en héritage du Second
Empire à nos jours, Pierre Pinon, Parigramme, 2002 Une
excellente présentation des travaux haussmanniens, magnifiquement illustrée,
par un des plus fins connaisseurs de l'urbanisme et de l'architecture de cette
période.
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Mémoires, Georges Haussmann, Seuil, 2000
|
La modernité avant Haussmann. Formes de
l'espace urbain à Paris 1801-1853, textes réunis par Karen Bowie, Editions
Recherches, 2001
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Commission des embellissements de Paris.
Rapport à l'Empereur Napoléon III, Henri Siméon (décembre 1953), édité et
présenté par Pierre Casselle, avant-propos de Michel Fleury, Editions Rotonde
de La Villette, 2000
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Transforming Paris. The life and labors of
baron Haussmann, David P. Jordan, The
University of Chicago Press, 1995
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Napoléon III, l'architecte et l'urbaniste de
Paris, Irene A. Earls, Centre
d'Etudes Napoléoniennes, 1991
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Paris-Haussmann, sous la
direction de Jean des Cars et Pierre Pinon, Picard, 1991
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Haussmann, préfet de la Seine,
1853, numéro spécial de "La vie urbaine" n°3-4, Nouvelle Série, PUF, 1953
|
Du vieux Paris au Paris moderne. Haussmann et
ses prédécesseurs, André Morizet, Hachette, 1932
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