| | | | Acte I : le
Moyen Âge et le XVIe siècle |
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| | Les premières
représentations |
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Les théâtres de
Marcel Gibaud
| La plus ancienne attestation d'une
représentation théâtrale à Paris remonte à 1380. C'est à cette date que sont
mis en scène dans les églises les premiers mystères, notamment la
Passion du Christ, comme
l'évoque le documentaire Les théâtres
(1974) qui propose un historique des scènes parisiennes depuis cette époque. En
1402, les Confrères de la Passion et de la Résurrection de Notre Seigneur
Jésus-Christ obtiennent l'autorisation du roi Charles VI de s'installer dans
une salle de l'hôpital de la Trinité, située dans la rue Saint-Denis.
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| | | Les Confrères
achètent en 1548 une dépendance de l'hôtel de Bourgogne dont l'emplacement se
trouve actuellement rue Étienne-Marcel. Le film
Cyrano de
Bergerac (1960) de Claude Barma offre une
reconstitution de cet illustre hôtel de Bourgogne, où ont été montées de
nombreuses pièces pendant plus de deux siècles. Malgré le monopole de la
Confrérie régulièrement contesté par le Parlement de Paris, des troupes
ambulantes se produisent dans des salles de jeu de paume, appelées aussi
tripots car on y joue habituellement de l'argent.
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| | | | Acte II : le XVIIe siècle |
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| | | Au XVIIe siècle, le théâtre devient le divertissement
principal de la Cour. Les fondements des règles classiques, en particulier les
trois unités (d'action, de lieu et de temps) importées par l'Italien
Jules-César Scalgier, s'élaborent à cette époque. Les troupes parisiennes
jouent les chefs-d'œuvre de Corneille, Molière et Racine dans les différentes
salles de la ville. Parallèlement se développent le théâtre de rue sur les
tréteaux du Pont-Neuf et de la place Dauphine, ainsi que la commedia
dell'arte.
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Appuyée par Richelieu qui apprécie le théâtre et le talent de son protégé
Pierre Corneille, la prestigieuse troupe Le Noir - Montdory s'installe en 1634
au Jeu de paume du Marais, situé à l'emplacement actuel du 90 rue
Vieille-du-Temple. La célèbre pièce de Corneille
Le Cid y triomphe en 1637 :
comme le rapporte Boileau, "Tout Paris pour Chimène a les yeux de
Rodrigue" (Satire IX, l. 30). L'aménagement de ce tripot à la mode
en théâtre met un terme au monopole de l'hôtel de Bourgogne.
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Molière d'Ariane
Mnouchkine
| Malgré l'échec de l'aventure de
l'Illustre-Théâtre, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, obtient la protection
du frère de Louis XIV, Philippe d'Orléans, qui lui permet de s'installer au
Petit-Bourbon de 1558 à 1560. Cette nouvelle compagnie est appelée la
"Troupe de Monsieur" en référence au surnom de son
bienfaiteur. Réalisé en 1978, Molière, le film en
deux parties d'Ariane Mnouchkine avec dans le rôle-titre Philippe Caubère,
retrace le parcours du grand auteur qui a voué sa vie au théâtre. La troupe de
Molière est ensuite transférée au Palais Royal situé rue Saint-Honoré. Les
différents lieux parisiens que Molière a marqués de son passage sont décrits
dans le court documentaire Molière à Paris
(1973) de Jacques Planchon. De 1661 à 1673, Paris est ainsi doté de trois
théâtres : l'hôtel de Bourgogne, le théâtre du Marais et le Palais
Royal.
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| | La fondation de la
Comédie-Française |
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| | | En 1673, à la mort de l'auteur du
Malade imaginaire, la
"Troupe de Molière" se fond avec celle du théâtre rival
du Marais pour emménager toutes les deux dans l'hôtel de Guénégaud, situé
aujourd'hui 42 rue Mazarine. En 1680, Louis XIV ordonne aux deux troupes
rivales, celle de l'hôtel de Bourgogne et celle de l'hôtel de Guénégaud, de
fusionner pour devenir une troupe unique et permanente, obtenant ainsi le
monopole de toutes les représentations théâtrales. Cette société de comédiens
s'installe de 1689 à 1770 à l'hôtel des Comédiens du Roi dans la rue des
Fossés-Saint-Germain, aujourd'hui au 14 rue de l'Ancienne-Comédie.
Comédie-Française, un court
métrage réalisé par Jack Sanger en 1968, retrace l'histoire mouvementée de
cette troupe de 1680 à aujourd'hui. Les sociétaires ont en effet connu de
nombreux déménagements. De 1770 à 1782, ils ont été logés provisoirement dans
la salle des Machines aux Tuileries, d'où sont nées les appellations
"côté cour" et "côté jardin" :
les spectateurs ont alors, sur leur gauche, le jardin des Tuileries et, sur
leur droite, la cour du Carrousel. Avant de s'installer définitivement en 1799
dans la salle Richelieu, place du Théâtre-Français, les comédiens font un bref
passage dans une salle construite spécialement pour eux par les architectes
Marie-Joseph Peyre et Charles de Wailly et inaugurée par la reine
Marie-Antoinette le 9 avril 1782. Ce premier théâtre monumental est devenu
aujourd'hui L'Odéon théâtre de
l'Europe (Olivier Sadock,
2000).
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| | | | Acte III : le XVIIIe
siècle |
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Le mot foire de
Pierre Samson
| Le public apprécie particulièrement les
spectacles forains offerts au cours de grandes foires parisiennes : au XVIIIe
siècle, les deux principales foires sont celle de Saint-Germain, située aux
alentours de l'actuelle rue Mabillon, et celle de Saint-Laurent, située entre
le croisement des actuels boulevards de Strasbourg et de Magenta et la gare de
l'Est. Comme l'explique l'écrivain et philosophe Michel Serres dans un
documentaire de Pierre Samson réalisé en 1981,
Le mot foire,
ces lieux ont toujours été propices au rassemblement populaire autour d'un
spectacle monté de manière spontanée et désordonnée.
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| | Le siècle de Voltaire, Marivaux et Beaumarchais |
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| | | Dans le
sillage de Corneille et Racine, le philosophe des Lumières Voltaire monte à la
Comédie-Française des tragédies aujourd'hui méconnues. Marivaux, quant à lui,
écrit des pièces dans la tradition de la commedia dell'arte pour la troupe du
Théâtre-Italien : le dramaturge analyse avec justesse la psychologie amoureuse
dans des comédies comme Le jeu de l'amour et du hasard (1730) et Le triomphe de l'amour (1732). Parmi les nombreuses représentations
de ces pièces, la mise en scène du
Triomphe de l'amour de
Marivaux par Frédéric Klepper au théâtre du
Rond-Point en 1985 a été enregistrée par Olivier Mergault. C'est également au
XVIIIe siècle que les pièces de Pierre Caron de Beaumarchais rentrent au
répertoire de la Comédie-Française : Le barbier de Séville est joué dans ce théâtre pour la première fois
en 1775. Beaumarchais atteint le sommet de sa carrière en 1784 avec la création
tumultueuse du Mariage de Figaro, comédie annonciatrice de l'esprit
révolutionnaire.
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| | Les bouleversements
révolutionnaires |
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L'histoire d'un théâtre, le Molière d'Alain Frydman
| Après la prise de la Bastille de 1789, la
Comédie-Française prend le nom de théâtre de la Nation et perd son monopole par
décret le 13 janvier 1791. Suite à la fin du statut privilégié de la
Comédie-Française, de nombreuses salles s'ouvrent à Paris.
L'histoire d'un théâtre, le
Molière (Alain Frydman, 1995) remonte à cette
époque mouvementée : inaugurée avec Le misanthrope de Molière en 1791, cette salle a été transformée en
1995 en Maison de la poésie située aujourd'hui passage Molière et 157 rue
saint-Martin dans le 3e arrondissement.
Les troubles de la
Révolution, qui ont d'ailleurs inspiré Ariane Mnouchkine pour écrire sa pièce
1789 (1974),
touchent également les sociétaires de la Comédie-Française : suivi de ses
camarades républicains, le grand tragédien
Talma
(Roland-Bernard, 1968) démissionne et s'installe rue de Richelieu aux Variétés
amusantes qui devient le théâtre de la République en 1792. Sept ans plus tard,
le gouvernement concède à la Société des Comédiens-Français le théâtre français
de la République, rue de Richelieu : le 30 mai 1799, date qui correspond dans
le calendrier républicain au 11 prairial de l'an VII, la nouvelle
Comédie-Française ouvre ses portes.
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Nana de
Christian-Jaque
| Le XIXe siècle est l'époque du théâtre
bourgeois. Parmi les auteurs dramatiques du XIXe siècle, Victorien Sardou reste
connu pour la pièce très populaire Madame Sans-gêne créée au théâtre du Vaudeville en 1893. Après avoir
épousé le Sergent Lefebvre qui devient Maréchal de France, le personnage
principal de cette comédie historique se retrouve à la cour de Napoléon Ier.
Cette femme du peuple est merveilleusement interprétée par Arletty dans
l'adaptation de Roger Richebé Madame
Sans-Gêne (1942).
Le Paris du Second
Empire regorge de salles de théâtre très variées. De nombreuses séquences du
film de Christian-Jaque Nana, tourné
en 1954, se déroulent dans les loges, les coulisses et sur la scène du théâtre
des Variétés. La petite bourgeoisie de cette période est également dépeinte de
façon caricaturale dans le théâtre comique et vaudevillesque d'Eugène Labiche :
le film burlesque réalisé par Henri Diamant-Berger
L'affaire de la rue
l'Ourcine reprend une de ses pièces écrite en 1857
pour la porter à l'écran en 1923 alors que le cinéma était encore
muet.
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| | | En 1829,
la première à la Comédie-Française de Henri III et sa cour d'Alexandre Dumas père donne le coup d'envoi des
grandes batailles du théâtre romantique. Un an plus tard, le 25 février 1830,
c'est la première de Hernani ou l'honneur castillan, pièce de Victor Hugo affranchie de toute règle et
inspirée de Shakespeare et des romantiques allemands. Dans le documentaire
consacré à Théophile Gautier 32 rue de
Longchamp (1965) de Roland-Bernard, Alain Decaux
relate la première représentation tumultueuse de
Hernani au Théâtre-Français
qui a servi de prétexte à une véritable bataille entre les classiques et les
romantiques : parmi les romantiques "Jeune-France" qui
insultent les "perruques" fidèles aux règles classiques,
se distingue Théophile Gautier revêtu de son gilet rouge flamboyant, grand
admirateur de Victor Hugo. Malgré toute cette agitation, la pièce
Hernani
triomphe.
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Les deux orphelines de Riccardo Freda
| Le mélodrame, nouveau genre théâtral
populaire, fait son apparition au XIXe siècle : les pièces caractérisées par
des intrigues invraisemblables, des situations violentes et un langage
outrancier sont accompagnées par une partition musicale. La pièce
La tour de Nesle d'Alexandre
Dumas et Frédéric Gaillardet, montée en 1832 au théâtre de la Porte Saint
Martin est considérée comme l'un des mélodrames les plus savoureux du genre.
Plus d'un siècle après le bouleversant acteur Bocage qui joue sur les planches
du théâtre de la porte Saint-Martin, le grand comédien Jean Piat interprète le
rôle principal dans La tour de
Nesle librement adapté par François Legrand en
1964. Adolphe Philippe, dit Dennery, est un autre auteur dramatique habile et
fécond dans l'art d'écrire des mélodrames : sa pièce
Les deux orphelines montée en
1874 a rencontré à nouveau un succès populaire lors de la sortie de
l'adaptation cinématographique de Maurice Tourneur en 1932 (Les deux
orphelines). Une nouvelle adaptation de ce
mélodrame Les deux
orphelines a été réalisée par Riccardo Freda en
1965.
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Le théâtre de la porte Saint-Martin d'Emmanuelle Sapin
| À partir de 1791, date à laquelle la
Révolution donne à Paris "la liberté des théâtres", de
nombreuses salles fleurissent sur le boulevard du Temple. Comme l'expliquent
les directeurs du théâtre Hélène et Bernard Régnier dans
Théâtre de la porte
Saint-Martin (2001), le boulevard du Temple, lieu
favori de déambulation des Parisiens, s'étend alors le long de la
"Promenade des remparts", de la Bastille à l'emplacement
actuel de la place de la République. De l'époque de Louis XVIII au milieu du
Second Empire, le boulevard du Temple, appelé aussi boulevard du Crime en
raison des nombreux assassinats joués sur scène, attire les foules dans de
"grands" théâtres, mais aussi dans de
"petits" théâtres très populaires. Aujourd'hui, nombre
de ces salles ont disparu car une partie du boulevard a été démoli en 1862 pour
établir les plans du baron Haussman et ainsi construire la place de
la République.
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| | Le théâtre de la porte
Saint-Martin |
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Théâtre de la porte Saint-Martin de Claude Dagues
| Les grands théâtres du boulevard du
Temple - l'Ambigu-Comique, la Gaîté, le Théâtre-Historique et le Cirque
Olympique - ont désormais disparu ou ont été reconstruits ailleurs dans Paris.
Pourtant il reste toujours le théâtre de la porte Saint-Martin qui date de
1781. Réalisé en 1960 par Claude Dagues, le documentaire
Théâtre de la porte
Saint-Martin se présente sous la forme d'un
historique scénarisé du théâtre de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle, en
alternance avec des extraits de pièces du répertoire, notamment
Antony d'Alexandre Dumas,
Lucrece Borgia de Victor Hugo,
Patrie de Victorien Sardou,
Cyrano de Bergerac et
Chantecler d'Edmond Rostand.
Ce film évoque de nombreuses personnalités qui ont marqué l'histoire de ce
théâtre, en particulier Félix Harel, le "Napoléon des
directeurs" sans cesse traqué par les créanciers, formidablement
incarné par Michel Galabru.
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Deburau de Sacha
Guitry
| Dès son ouverture en 1815, le Tout-Paris
vient s'encanailler dans le plus célèbre des petits théâtres, les Funambules,
qui a été immortalisé dans des films célèbres.
Les enfants du
paradis (1945) reconstitue admirablement le
boulevard du Temple et ce théâtre qui accueille, au dernier balcon appelé aussi
le "paradis", les habitués des places bon marché. Les
dialogues savoureux de Jacques Prévert mettent à l'honneur les amours et les
destins croisés des personnages comme l'évoque la célèbre phrase de Garance
adressée à Frédérick Lemaître : "Paris est tout petit pour les gens
qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour." Dans la première
partie de ce chef-d'oeuvre de Marcel Carné intitulée
Le boulevard du Crime, les deux grands comédiens marquants du XIXe siècle,
Jean-Baptiste Deburau et Frédérick Lemaître, incarnés respectivement par
Jean-Louis Barrault et Pierre Brasseur, montent une pantomime avec Garance
(Arletty). Jean-Gaspard, dit Jean-Baptiste Deburau, a inventé le Pierrot
romantique vêtu d'une vaste blouse blanche et à l'air malheureux. Ce mime de
génie du XIXe siècle inspire également Sacha Guitry pour écrire une pièce qu'il
transpose à l'écran : dans Deburau
(1951), l'auteur-cinéaste-acteur Sacha Guitry rend hommage à la carrière de ce
comédien. Le film cite d'ailleurs la critique élogieuse de Jules Janin parue
dans Le journal des débats et
titrée "Le mime le plus illustre de son temps
Deburau".
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| | La première star : Sarah
Bernhardt (1844-1923) |
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Sarah Bernhardt est morte d'H. de Turenne et J.-N. Delamarre
| Dans le documentaire
Sarah
d'Edgardo Cozarinsky réalisé en 1988, Delphine Seyrig prête sa voix à la grande
tragédienne Sarah Bernhardt pour raconter sa vie et sa carrière théâtrale à la
première personne. Comme en témoigne une phrase de Paul Morand citée dans ce
documentaire, le mythe de la comédienne Sarah Bernhardt est fortement lié à
Paris : "En 1900, à Paris, la vie était un théâtre, et à elle-seule
Sarah était ce théâtre-là". Tout au long de sa vie, la comédienne
explore un répertoire très diversifié dans de nombreux théâtres parisiens. Elle
joue au Français puis à l'Odéon. Elle devient directrice du théâtre de la porte
Saint-Martin où elle a interprété Théodora de Victorien Sardou et
La dame aux camélias qu'elle
n'abandonnera jamais de son répertoire. Elle achète le théâtre de la
Renaissance où elle reprend Phèdre. Au début du XXe siècle, elle
déménage dans le théâtre de la place du Châtelet qui portera son nom jusqu'en
1968 pour s'appeler ensuite le théâtre de la Ville : c'est sur cette scène
qu'elle monte les pièces Hamlet de Shakespeare et
L'aiglon d'Edmond Rostand dans
lesquels elle joue les rôles-titres masculins. À travers des images de ses
obsèques, de nombreux documents d'archives et des photos de Nadar, le
documentaire Sarah
rend hommage à la carrière de cette femme excessive et audacieuse qui a dédié
sa vie au théâtre et dont le style lyrique si cher à ses yeux envoûtait les
foules.
"Je n'ai pas aimé le cinéma qui m'amputait de
ma voix, qui est venu au monde quand je n'étais plus jeune. Peut-être qu'il me
l'a bien rendu. Ces bribes qu'il a gardées de mes présences insignifiantes,
parfois grotesques, sont tellement disproportionnées avec ma renommée qu'elles
ne peuvent que protéger mon mystère et y contribuer". Dans le
documentaire d'Edgardo Cozarinsky, Delphine Seyrig cite cette phrase de Sarah
Bernhardt pour évoquer ses rapports avec l'art naissant du cinéma et sa vie
dédiée au théâtre qui a fait d'elle un monstre sacré.
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| | | Georges Feydeau (1862-1921) |
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| | | Dans
la lignée d'Eugène Labiche, Georges Feydeau est considéré comme le maître du
vaudeville qui a réussi à porter à son point de perfection ce genre théâtral
populaire : avec une maîtrise technique des mécanismes comiques, Feydeau décrit
les mœurs des cercles bourgeois parisiens du début du XXe siècle en concentrant
son attention sur le thème de l'adultère pour le grand plaisir des spectateurs.
Les pièces célèbres de Georges Feydeau ont inspiré de nombreux réalisateurs :
parmi eux, on peut citer Claude Autant-Lara (Occupe-toi d'Amélie, 1949),Claude Barma
(Le dindon,
1951), Pierre Sabbagh pour l'émission de télévision
Au théâtre ce soir
(Le dindon, 1969),
Guy Lefranc (Le fil à la
patte, 1955), ou encore Jean-Pierre Marchand
(On va faire la
cocotte, 1962).
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| | | Tristan Bernard (1866-1947) |
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Le poignard malais
de Roger Goupillières
| L'auteur dramatique Tristan Bernard gagne
les faveurs du public boulevardier de la Belle Époque pour ses talents
d'humoriste et son inventivité à composer des pièces à mi-chemin entre le
vaudeville et la comédie de mœurs. Tristan Bernard, qui a donné son nom au
théâtre Tristan Bernard situé 64 rue du Rocher dans le 8e arrondissement, reste
aujourd'hui dans les mémoires pour son sens de la formule et du bon mot. Dans
le documentaire Rencontres au petit
café (Roland-Bernard, 1966), des proches et des
membres de la famille de Tristan Bernard évoquent la personnalité de l'auteur
dans le décor d'un café de l'avenue Niel dans le 17e arrondissement, lieu
d'inspiration pour la pièce Le petit café (1911) qui évoque avec ironie la vie parisienne du début
dusiècle. Cette célèbre pièce a été adaptée pour le cinéma par le fils de
Tristan Bernard en 1917, avec dans le rôle principal Max Linder, et pour la
télévision par François Gir en 1967 (Le petit
café).
Le poignard
malais (1930) de Roger Goupillières, tourné
d'après Tristan Bernard, traite de la légèreté féminine et des tentations de la
capitale. Ce film, réalisé à une époque charnière de l'histoire du cinéma,
révèle les difficultés des acteurs à adapter leur jeu théâtral au
parlant.
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| | | Antonin Artaud (1896-1948) |
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| | | La vie parisienne d'Antonin Artaud remonte à 1920 lorsqu'il monte à la
capitale : il commence une carrière littéraire avec André Breton puis à la
Nouvelle Revue Française. Il s'oriente ensuite vers le théâtre. Il collabore
avec Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff, et fonde avec Roger
Vitrac en 1927 le théâtre Alfred Jarry. Il exprime dans son œuvre la plus
connue, Le théâtre et son double, son esthétique du "théâtre de la
cruauté" destinée à ramener l'esprit "vers la source de
ses conflits" par une "union de la pensée, du geste, de
l'acte". Il écrit également Tric-trac du ciel,
L'ombre des limbes,
Le pèse-nerfs,
Les Tarahumaras,
Van Gogh, le suicidé de la société et Artaud le Mômo. Ses textes poétiques qui remettent en cause l'exercice
théâtral vont faire sa gloire à partir des années 1960.

La véritable histoire d'Artaud le Mômo de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur
| A travers
La véritable histoire d'Artaud le
Mômo de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, tourné
en 1993, sont retracées les trois dernières années de la vie du poète Artaud :
le 26 mai 1946, après neuf ans d'internement dans l'hôpital psychiatrique de
Rodez, Artaud revient à Paris, accueilli à la gare d'Austerlitz par ses amis.
De retour à Paris, Artaud déploie jusqu’à sa mort en 1948 une extraordinaire
activité créatrice. Dans ce documentaire, ses proches évoquent ce personnage
d'exception qui a bouleversé leur vie. Ses amis et ses amours font revivre, à
travers leurs témoignages, la voix, le visage et la présence de cet homme
fascinant. Ils reviennent sur son parcours entre la Maison de santé d'Ivry, où
il est entièrement libre de son temps, et le quartier de Saint-Germain-des-Près
qu'il fréquente dans l'immédiat après-guerre. La personnalité d'Antonin Artaud
se dégage d'ailleurs du documentaire
Voilà l'ordre
(Jacques Baratier, 1966) sur la période existentialiste de
Saint-Germain-des-Près où évoluent Boris Vian et l'auteur dramatique Jacques
Audiberti, grand admirateur d'Artaud.
La relation très forte entre
Artaud et le poète Jacques Prevel sert de point d'ancrage à deux films qui
viennent compléter La véritable histoire d'Artaud le Mômo : le premier, la fiction intitulée
En compagnie d'Antonin
Artaud (1993) de Gérard Mordillat avec Sami Frey,
reconstitue l'amitié des deux hommes à partir des confidences de Jacques Prevel
laissées dans son journal ; le second, le documentaire
Jacques Prevel, de colère et de
haine (1993) de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur,
dresse le portrait de cet homme, ami et admirateur d'Artaud.
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| | | Le théâtre de l'absurde : Eugène Ionesco (1909-1994) |
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Eugène Ionesco (1909 - 1994) de Philippe Truffault
| Dans le bouillonement de l'avant-garde
d'après-guerre surgit l'auteur dramatique d'origine roumaine Eugène Ionesco. Il
développe un théâtre qui cherche à toucher tous les sens, grâce aux ressources
offertes par les techniques modernes. Selon l'idée que "tout est
permis au théâtre", il pratique dans ses pièces le mélange des
genres et la manipulation du langage. Le film
Eugène Ionesco (1909 -
1994), réalisé en 2000 par Philippe Truffault,
retrace la vie et l'œuvre de ce génie du détournement et de l'absurde à partir
d'interviews, d'images d'archives et d'extraits de pièces et de films. Ce
documentaire met en évidence la richesse des thématiques développées dans ses
pièces : la parodie du théâtre de boulevard dans
La cantatrice chauve (1950) ;
la domination agressive du professeur jusqu'au meurtre et au viol de son élève
dans La leçon (1951) ;
l'angoisse tragique née du fanatisme idéologique dans
Rhinocéros (1959) ; la hantise
de la mort dans Le roi se meurt (1962).
Ionesco poursuit une réflexion sur
l'art dramatique dans Notes et contre-notes dont voici une phrase révélatrice de sa démarche :
"S'il faut absolument que l'art ou le théâtre serve à quelque chose,
je dirai qu'il devrait servir à apprendre aux gens qu'il y a des activités qui
ne servent à rien et qu'il est indispensable qu'il y en est".
L'œuvre théâtrale d'Ionesco est fortement liée au théâtre de la
Huchette, situé au 23 de la rue du même nom dans le 5e arrondissement. Les
représentations de La cantatrice chauve et de La leçon ont lieu pour la première fois au théâtre de la Huchette le
7 octobre 1952. Les deux courts documentaires
50 fauteuils pour
Ionesco (Yves Allain et Antoine Bourseiller, 1966)
et Entretien avec Eugène
Ionesco (Pierre Vatteone, 1980) évoquent ces deux
pièces présentées par Eugène Ionesco et jouées tous les soirs au théâtre de la
Huchette, "le plus petit théâtre d'Europe en plein cœur de
Paris". Malgré une interruption de quatre ans entre le 26 avril
1953 et le 16 février 1957, ces deux pièces ont été jouées sans interruption au
théâtre de la Huchette jusqu'à aujourd'hui : données successivement à 19h30 et
20h30, elles détiennent le record de longévité sur scène.

Je rentre à la maison de Manoel de Oliveira
| Au cinéma, Manoel de Oliveira cite Eugène
Ionesco dans son film Je rentre à la
maison (2000) : au début de cette fiction, un
comédien de théâtre, Gilbert Valence, dont la longue carrière lui a valu de
jouer les plus grands rôles, apprend à l'issue de son interprétation de
Béranger Ier dans Le roi se meurt que sa femme, sa fille et son gendre sont morts dans un
accident de la route. Ce drame fait étrangement écho au thème de la pièce qui
analyse les différentes étapes marquant le passage de la vie à la mort. Dans le
film de Manoel de Oliveira, Gilbert Valence joue également dans la dernière
pièce de William Shakespeare La tempête et le roman du XXe siècle
Ulysse de James
Joyce.
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| | Quelques metteurs en scène |
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| | | Jacques Copeau (1879-1949) |
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Entre deux jardins
de Laszlo Horvath
| En tant que réformateur du théâtre,
Jacques Copeau dénonce le mercantilisme et refuse le naturalisme du théâtre
libre d'André Antoine. Il s'inscrit dans la lignée de Lugné-Poe. Il publie en
1913 un manifeste sous le titre Un essai de rénovation dramatique dans la Nouvelle Revue Française, qu'il a
fondé avec André Gide, Jean Schlumberger et Gaston Gallimard en 1907. Copeau y
affirme son ambition de rendre au théâtre son "lustre et sa
grandeur".
Comme l'indique le documentaire
Entre deux
jardins réalisé en 1994 par Laszlo Horvath,
Jacques Copeau, accompagné de Charles Dullin et Louis Jouvet, décide de
s'installer rive gauche dans l'ancien Athénée-Saint-Germain, loin des salles
opulentes des grands boulevards parisiens : le 23 octobre 1913, le théâtre du
Vieux-Colombier, situé 21 rue du Vieux-Colombier, ouvre ses portes. La Grande
Guerre éloigne Jacques Copeau de Paris car il est chargé par Georges Clemenceau
d'ouvrir un théâtre français à New-York.
A son retour en 1920, et
jusqu'en 1924, date à laquelle il quitte le théâtre du Vieux-Colombier, Jacques
Copeau développe une mise en scène épurée de tout décor et de tout accessoire
afin de privilégier l'œuvre et l'auteur, ce qui n'exclut pas une allégresse
dans le jeu. Ce lieu permet à Jacques Copeau de mettre en place son esthétique
de "tréteau nu" pour monter des pièces aussi bien
classiques que contemporaines. La radicalité et les idées engagées de Jacques
Copeau sont l'âme de ce théâtre qui a réouvert le 7 avril 1993 : le court
métrage d'Olivier Sadock Le théâtre du
Vieux-Colombier (2000) retrace l'historique de ce
lieu fortement marqué par la personnalité de son fondateur et qui est
aujourd'hui la deuxième salle de la Comédie-Française.
Soucieux
des mêmes préoccupations que Jacques Copeau, quatre chefs de troupe, Louis
Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty et Georges Pitoëff, refusent
l'envahissement du théâtre commercial et fondent le 6 juillet 1927
l'association des Théâtres du Cartel "basée sur l’estime
professionnelle et le respect réciproque qu’ils ont les uns pour les
autres".
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Hôtel du Nord de
Marcel Carné
| Le documentaire
Louis Jouvet
(1971) de Roland-Bernard évoque les trois théâtres parisiens qui ont marqué la
carrière du comédien et directeur Louis Jouvet : le théâtre du Vieux-Colombier,
la Comédie des Champs-Elysées et le théâtre de l'Athénée. Après l'aventure du
Vieux-Colombier aux côtés de Jacques Copeau, Louis Jouvet devient, de 1924 à
1934, le directeur de la Comédie des Champs-Elysées, situé 15 avenue Montaigne
dans le 8e arrondissement : il rencontre un immense succès dans le rôle-titre
de la comédie de Jules Romains Knock ou le triomphe de la médecine. En 1929, Louis Jouvet qui envoûte le
public de sa présence exceptionnelle vole la vedette à Michel Simon dans la
comédie sentimentale Jean de la lune. L'auteur de la pièce, Marcel Achard, l'adapte au cinéma en
1948 dans le film éponyme Jean de la
lune interprété par Danielle Darrieux et François
Périer.
De 1934 à 1951, Louis Jouvet dirige le théâtre de
l'Athénée situé square de l'Opéra-Louis-Jouvet. La personnalité de cet homme de
théâtre, également chéri par le cinéma, a profondément marqué ce lieu qui
aujourd'hui porte son nom. Il y monte aussi bien des auteurs classiques à
redécouvrir, en particulier Molière, que des créations contemporaines. C'est
ainsi que sa collaboration avec l'auteur dramatique Jean Giraudoux reste gravé
dans les mémoires : Giraudoux considère Jouvet non seulement comme un
interprète mais aussi comme un grand inspirateur. De retour d'Amérique du Sud
en 1945, Jouvet monte au théâtre de l'Athénée
La folle de Chaillot : cette
pièce est l'occasion pour la grande comédienne Marguerite Moréno d'apparaître
sur scène pour la dernière fois. Le documentaire de Monique Chapelle
Madame Moréno
(1965) revient sur la vie de cette grande dame du théâtre. 
La folle de Chaillot de Giraudoux de Gérard Vergez
| La pièce de Giraudoux
La folle de Chaillot a inspiré
des réalisateurs français et étrangers, toujours soucieux de choisir des
interprètes talentueuses pour jouer le rôle-titre et assurer la relève de
Marguerite Moréno : en 1969, l'américain Bryan Forbes réalise
La folle de
Chaillot en 1969 dans un Paris reconstitué en
studio où évolue Katharine Hepburn ; c'est au tour d'Edwige Feuillère
d'incarner l'extravagante comtesse dans
La folle de Chaillot de
Giraudoux de Gérard Vergez en 1976.
L'apport de Louis Jouvet en ce qui concerne le travail d'acteur de
théâtre est mis en valeur dans le film de Benoît Jacquot
Elvire Jouvet
40 (1986) qui restitue le spectacle conçu par
Brigitte Jaques pour le théâtre national de Strasbourg, en janvier 1986. Ce
film souligne la relation pédagogique entre l'intransigeant Jouvet interprété
par Philippe Clévenot et une jeune comédienne, Claudia, incarnée par Maria de
Medeiros, qui s'exerce sur le rôle d'Elvire dans
Dom Juan de Molière. Benoît
Jacquot choisit de privilégier la personnalité de Louis Jouvet qui apparaît en
passeur entre l'image filmée et le théâtre. La caméra suit les gestes du maître
et se concentre sur son regard. Dans le documentaire
La scène
Jouvet (1987), Benoît Jacquot revient sur les
cours d'art dramatique de Louis Jouvet à travers les témoignages de la
véritable Claudia, Paula Dehelly de son vrai nom, qu'il a retrouvée, d'une
proche collaboratrice de Jouvet, Marthe Herlin-Besson, et des metteurs en scène
Antoine Vitez et Giorgio Strehler.
Ce grand homme de théâtre, que
représente Louis Jouvet, a contribué aux innovations scéniques du théâtre
moderne et à une conception plus intime des relations avec le public. Il meurt
en août 1951 : lors de ses obsèques filmées par les opérateurs des actualités
cinématographiques (Eclair Journal de juillet à octobre
1951), le discours de Jean-Louis Barrault et la
présence de grandes personnalités du théâtre lui rendent un dernier
hommage.
Louis Jouvet excelle également au
cinéma
où ses collaborations avec le dialoguiste Henri Jeanson restent fameuses, en
particulier dans des films qui ont pour décor Paris tels que
Hôtel du Nord
(1938) de Marcel Carné, Copie conforme
(1946) de Jean Dréville et Les amoureux sont seuls au
monde (1947) de Henri Decoin.
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| | | Charles Dullin (1885-1949) |
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| | | Dès 1913, Charles Dullin est également l'un des compagnons de Jacques
Copeau au théâtre du Vieux-Colombier. En 1921, il fonde sa propre équipe sous
le nom de l'Atelier et s'installe en 1922 au théâtre Montmartre qui avait été
aménagé pendant quelques années comme salle de cinéma et qui porte désormais le
nom de sa troupe. Dullin refuse lui aussi de céder aux tentations commerciales
et fait de son théâtre un lieu de poésie et de réflexion.
Parmi
les quatre membres du Cartel, Charles Dullin est le seul à diriger une école de
comédiens. Il a d'ailleurs été le professeur d'élèves devenus célèbres : dans
le documentaire Charles Dullin
réalisé en 1985 par Georges Paumier, les témoignages de nombreuses
personnalités telles que Jean-Louis Barrault dressent le portrait de cet homme
qui a beaucoup apporté au théâtre moderne. Charles Dullin décède le 12 décembre
1949. Ses anciens disciples et amis sont interviewés dans le documentaire de
Roland-Bernard Anniversaire de la mort de
Dullin pour lui rendre hommage dix ans plus tard
au théâtre de l'Atelier, situé place Charles Dullin dans le 18e
arrondissement.
Ce court métrage est également ponctué de films où
apparaît Charles Dullin, comme la série des
Misérables
de Raymond Bernard réalisé en 1933. Le théâtre de l'Atelier est devenu une
scène parisienne emblématique du quartier de Montmartre : il fait partie des
principaux lieux de tournage du Grain de
sable de Pomme Meffre où Delphine Seyrig
interprète une caissière du théâtre mise au chômage et confrontée à la
solitude.
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| | | Jean-Louis Barrault (1910-1994) |
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| | | Élève du mime Etienne Decroux, à qui il rend hommage dans le documentaire
de Jean-Claude Bonfanti Pour saluer Etienne
Decroux (1992), Jean-Louis Barrault joue ensuite
dans la troupe de Charles Dullin de 1933 à 1935. Pendant les années sombres de
la Seconde Guerre mondiale, Jean-Louis Barrault met en scène à la
Comédie-Française une pièce exceptionnelle qui éclaire cette période
douloureuse : en 1943, il monte Le soulier de satin de Paul Claudel. Jean-Louis Barrault revient sur sa
rencontre avec l'auteur dans le film en deux parties de Jacques Demeure
Portrait souvenir : Paul
Claudel (1963), qui est rythmé par de nombreux
extraits de répétitions du Soulier de satin. La mise en scène de cette pièce majeure du XXe siècle,
considérée comme un véritable événement, lui assure la célébrité.

Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault de Denise Billon
| Suite à leur rencontre sur le tournage de
Hélène d'Yves Allégret en 1936,
Jean-Louis Barrault épouse Madeleine Renaud en 1940 et fonde avec elle la
compagnie Renaud-Barrault en 1946 au théâtre Marigny, situé dans les jardins le
long des Champs-Élysées. Madeleine Renaud-Jean-Louis
Barrault (1957) de Denise Billon est consacré à la
carrière théâtrale de ce couple exceptionnel. Jean-Louis Barrault et son épouse
vont continuer à mener une vie itinérante en s'installant successivement dans
plusieurs théâtres situés dans les différents coins de la capitale. Le
reportage réalisé par Yves Allain
Théâtre de
France (1965) saisit l'atmosphère qui règne à
l'Odéon, rebaptisé Théâtre de France à l'époque où Jean-Louis Barrault y est
directeur.
Chassé de l'Odéon par les évènements de 1968, il se
réfugie d'abord à l'Elysée-Montmartre, situé 72 boulevard Rochechouart dans le
18e arrondissement. Les circonstances de son départ forcé de l'Odéon et les
répétitions du spectacle Rabelais, qui sera un de ses plus grands
triomphes, sont évoquées dans le court métrage
De l'Odéon à
l'Élysée-Montmartre (Jean-Claude Dechamps, 1969).
En 1972, il s'installe dans un théâtre mobile, gare d'Orsay. La transformation
de ce lieu en musée du XIXe siècle l'oblige à nouveau à déménager au théâtre du
Rond-Point situé à quelques mètres de son premier théâtre, le Marigny, sur
l'autre trottoir des Champs-Élysées :
Un nouveau théâtre pour
Barrault a été réalisé à l'occasion de
l'inauguration de cette salle en 1981. Une dizaine d'années avant sa mort,
J. L. Barrault, un homme de
théâtre revient sur la carrière de cet homme qui a
fait preuve d'un grand éclectisme et d'une puissance d'invention tout au long
de sa carrière. Ce film a reçu l'Aigle d'or, oscar hollywoodien du documentaire
en 1983.
Parallèlement à sa carrière théâtrale, Jean-Louis
Barrault apparaît épisodiquement à l'écran. Son interprétation de Baptiste dans
Les enfants du
paradis (1945) de Marcel Carné popularise son
génie du mime.Quelques années plus tard, le téléfilm
Le testament du docteur
Cordelier (1960) de Jean Renoir donne l'occasion à
Jean-Louis Barrault de livrer un magistral numéro d'acteur.
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| | | Ariane Mnouchkine et le théâtre du Soleil |
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Le théâtre du Soleil de Sylvain Bergère
| Ariane Mnouchkine, dont le père
Alexandre Mnouchkine a produit quelques films français, fonde en 1961
l'Association théâtrale des étudiants de Paris. Le 29 mai 1964, l'association
devient le théâtre du Soleil qui connaît son premier grand succès avec
Le songe d'une nuit d'été de
Shakespeare en 1968. La compagnie s'installe en 1970 à l'ancienne Cartoucherie
du bois de Vincennes qui devient un véritable phalanstère culturel où évoluent
quatre-vingt comédiens aux trente-cinq nationalités et vingt-deux langues
différentes. Dans un esprit communautaire et égalitaire où toute hiérarchie est
exclue, chacun s'investit pleinement au sein de la troupe menée par une Ariane
Mnouchkine exigeante. Le court métrage de Sylvain Bergère
Le théâtre du
Soleil (2000) retrace l'historique de la troupe
qui trouve ses marques à la Cartoucherie de Vincennes, à la fois si proche et
si loin de Paris. La transformation de la Cartoucherie correspond aux
convictions d'Ariane Mnouchkine qui souhaite, à l'image de toute une génération
d'artistes, renouveler l'expression théâtrale. En s'installant à Vincennes,
Ariane Mnouchkine revendique son opposition à la scène bourgeoise des salles à
l'italienne du cœur de Paris. Elle affirme son choix en faveur d'un lieu
récupéré synonyme de progrès et d'engagement politique.

Au soleil même la nuit d'Eric Darmon et Catherine Vilpoux
| Ses prises de position politiques, qui
trouvent un écho dans les événements de mai 1968, marquent très fortement ses
choix artistiques et lui inspirent nombre de ses spectacles. Le film
1789 réalisé
en 1974 révèle la pièce du même nom et les coulisses de la Cartoucherie de
Vincennes. Elle donne aussi l'occasion à Ariane Mnouchkine d'exprimer sa
réflexion concernant la mise en scène et ses conceptions théâtrales des
événements historiques dans l'émission
Théâtre et
histoire (1971) de Nat Lilenstein. Ses choix sont
toujours très engagés même lorqu'il s'agit de mettre en scène des œuvres
classiques. L'approche spécifique d'Ariane Mnouchkine pour mettre en valeur la
vigueur des vers shakespeariens sur une scène inspirée du monde oriental est
parfaitement rendu dans le reportage
Répétition Richard
II (1982). Dans le documentaire d'Eric Darmon et
Catherine Vilpoux Au soleil même la
nuit (1997), les répétitions du
Tartuffe de Molière dévoilent
l'orientation choisie par Ariane Mnouchkine, qui livre un témoignage
passionnant sur sa réflexion théâtrale : l'action de la pièce est transposée
dans le milieu islamiste intégriste.
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| | | Patrice
Chéreau est un metteur en scène aussi talentueux à l'écran que sur les
planches. Son parcours très singulier, débuté dans le groupe de théâtre amateur
du lycée Louis-le-Grand dans les années 1960, croise le chemin de l'opéra - de
1976 à 1980, il travaille avec Pierre Boulez sur
La tétralogie de Richard
Wagner à Bayreuth - et celui du cinéma à partir des années 1970. Patrice
Chéreau ne cesse depuis d'entreprendre un travail de metteur en scène de
théâtre et de réalisateur de cinéma.

Portrait de Patrice Chéreau de Pascal Aubier
| Patrice Chéreau monte
La dispute de Marivaux en 1973
au Théâtre National Populaire de Villeurbane qu'il dirige alors avec Roger
Planchon et Robert Gilbert, et se lance dans le cinéma un an plus tard avec
La chair de l'orchidée. Au fur et à mesure de sa filmographie, Patrice Chéreau
apprend à maîtriser les procédés cinématographiques tout en étant toujours
soucieux de l'écriture et de la narration. Dans un perpétuel va-et-vient entre
le théâtre et le cinéma, il devient de 1982 à 1990 le directeur du théâtre des
Amandiers de Nanterre (situé 7 avenue Pablo-Picasso) où son étroite
collaboration avec l'auteur Bernard-Marie Koltès contribue à faire découvrir
les œuvres du poète dramatique. Le documentaire
Le théâtre des Amandiers de
Nanterre (Muriel Coulin, 2000) retrace
l'historique de ce lieu marqué par la personnalité de Patrice Chéreau qui s'est
attaché à créer toutes les pièces de Koltès au sein de ce théâtre. Une de ces
pièces, Le retour du désert, a
été reprise, toujours dans la mise en scène de Patrice Chéreau, au théâtre du
Rond-Point des Champs-Élysées en 1988. Bernard-Marie Koltès a écrit le rôle
principal pour Jacqueline Maillan : les répétitions constituent une séquence du
documentaire de Gilles Nadeau La Maillan
(1995) consacré à la grande actrice comique de théâtre et de cinéma.
Les expériences théâtrales et cinématographiques de Patrice Chéreau lui
permettent de mener une réflexion sur ces deux modes d'expression et sur la
place du metteur en scène : "Au cinéma, le metteur en scène peut
être considéré comme un créateur, mais au théâtre, cette place appartient à
l'auteur de la pièce". Il met également en place une école de
comédiens où passent de nombreuses personnalités devenues célèbres telles que
Valéria Bruni-Tedeschi, Vincent Pérez, Agnès Jaoui. La fin de l'aventure du
théâtre des Amandiers donne l'occasion à Pascal Aubier de réaliser
Portrait de Patrice
Chéreau (1990) dans lequel Chéreau revient sur sa
carrière.

La reine Margot de
Patrice Chéreau
| En 1994, Patrice Chéreau rencontre un
véritable succès public avec La reine
Margot dans lequel le réalisateur atteint une
réelle maturité cinématographique. Chéreau utilise tout ce que le théâtre lui a
appris pour porter à l'écran l'univers romanesque d'Alexandre Dumas et créer
une tragédie historique aux accents quasi-shakespeariens. Dans
La reine Margot,
Chéreau filme les acteurs en gros plan pour mieux scruter les ambitions et les
secrets de ses personnages : pour lui, le cinéma semble en effet le rapprocher
de l'acteur. Tous les témoignages concordent pour dire qu'un esprit de troupe
de théâtre a régné sur le tournage. Patrice Chéreau apporte ainsi à ses films
son style personnel emprunt de son expérience théâtrale.
|
| | | En 1968, le théâtre à l'italienne Sarah Bernhardt est
transformé et prend alors le nom de théâtre de la Ville. Depuis les rénovations
et le changement de nom du théâtre, la personnalité de Sarah Bernhardt qui a
fortement marqué ce lieu n'est plus clairement affichée par le théâtre de la
Ville : pourtant le café Sarah Bernhardt, situé juste à côté du théâtre,
rappelle la présence passée de la tragédienne.

Or et désordre de
Philippe Dechambre
| Les actualités cinématographiques de
l'époque (Eclair journal novembre et décembre
1968) ainsi que le documentaire de Jean Dasque
Naissance d'un
théâtre (1969) évoquent les travaux et les
nouvelles installations de cette salle désormais subventionnée par la mairie de
Paris. Dès son ouverture, la direction de ce théâtre est confiée à Jean Mercure
qui assure cette fonction jusqu'en 1984. Jean Mercure livre un témoignage très
riche sur sa carrière, son travail au théâtre de la Ville et ses rencontres,
avec notamment les membres du Cartel des quatre, dans le film
Jean Mercure, un homme de
théâtre (1992) réalisé par Simon Brook qui est
également l'auteur du documentaire consacré à son père Peter Brook intitulé
Brook par
Brook (2001). La nouvelle décoration du théâtre
conçue par François Morellet en 1991 fait l'objet d'un reportage intitulé
Or et désordre
(1991) réalisé par Philippe Dechambre. Depuis son ouverture en 1968,
l'orientation artistique du théâtre de la Ville évolue profondément : la
programmation s'est élargie à de nombreux spectacles de danse et de musique de
tous les horizons. Le théâtre dispose désormais de deux salles, celle place du
Châtelet et celle rue des Abbesses dans le 18e arrondissement.
|
| | | La Comédie-Française aujourd'hui |
| |
| | | Parmi les cinq
théâtres nationaux, quatre se situent à Paris. Le plus ancien est bien entendu
la Comédie-Française fondée en 1680. Depuis cette date, l'institution
entretient des rites propres au théâtre français : les fameux trois coups
frappés à l'aide du brigadier avertissent du début du spectacle. Dans la maison
de Molière, la tradition veut que les trois coups soient frappés deux fois :
une fois pour l'hôtel Guénégaud, une fois pour l'hôtel de Bourgogne en souvenir
de la réunion des deux troupes en 1680.
A peine le XXe siècle
vient-il de commencer qu'un terrible incendie ravage le Théâtre français le 8
mars 1900. Après sa rénovation complète, les représentations données dans la
salle Richelieu reprennent. Au fil des saisons théâtrales du siècle, l'accent
est mis sur la mise en scène et le répertoire qui ne cesse de s'élargir aux
auteurs contemporains et étrangers. Les grands metteurs en scène que sont Louis
Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty et Jean-Louis Barrault apportent un nouveau
regard sur les classiques et proposent de nombreuses créations. En 1980, le
300e anniversaire de ce grand théâtre chargé d'histoire a fait l'objet d'un
court documentaire intitulé Comédie-Française :
tricentenaire dans lequel interviennent le
directeur Pierre Dux et le responsable de la programmation Jacques
Troja.

La Comédie-Française de Frederick Wiseman
| L'institution est servie par un ensemble
d'hommes et de femmes dévoués à ce lieu très prestigieux. Leurs témoignages
enregistrés dans le documentaire
La Comédie
Française (1985) réalisé par Jeannette Hubert
permettent de mieux comprendre ses rouages. Dans
Paroles d'acteurs
Comédie-Française (Claude Mourieras, 1993), les
comédiens, pensionnaires ou sociétaires, expliquent ce que représente pour eux
le fait d'appartenir à la maison de Molière où plane la présence de nombreux
auteurs classiques. Le documentariste américain Frederick Wiseman arpente les
différentes parties du plus illustre théâtre parisien pour donner la parole au
personnel du lieu : tout au long des trois heures de
La
Comédie-Française (1996), les comédiens ainsi que
les techniciens partagent leur passion pour ce lieu et évoquent les faiblesses
et les fragilités de l'institution. Entre deux représentations, les témoignages
des comédiens et techniciens du Théâtre français font également l'objet du
documentaire de Richard Valverde et Mireille Dumas
Pleins feux sur la Comédie
Française (1998).
Aujourd'hui, les
représentations données par les Comédiens-français ont lieu dans trois salles :
la salle Richelieu (place Colette) depuis 1799, le théâtre du Vieux-Colombier
(21, rue du Vieux-Colombier) réouvert depuis 1993 comme cela est expliqué dans
Le théâtre du
Vieux-Colombier d'Olivier Sadock (2000), ainsi que
le Studio-théâtre (99, rue de Rivoli) depuis 1996. La multiplicité de ses
implantations parisiennes rappelle encore aujourd'hui la tradition des troupes
théâtrales ambulantes.
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| | | Le théâtre national de
l'Odéon |
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| | | Inauguré en 1782, le théâtre de l'Odéon, situé au cœur du
Paris rive gauche tout près du jardin du Luxembourg, a été construit pour
abriter la Comédie-Française. Pendant la seconde moitié du XXe siècle,
l'exploitation de la salle du théâtre de l'Odéon, alors appelée salle
Luxembourg pour la distinguer de la salle Richelieu, est alternativement
accordée puis retirée à la Comédie-Française. Comme le montre le court
documentaire d'Olivier Sadock L'Odéon théâtre de
l'Europe (2000), ce théâtre gagne sa pleine
indépendance en 1990 et fait désormais partie des cinq théâtres nationaux de
France.
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| | | Le théâtre national de Chaillot |
| |
| | | L'immense salle du palais de Chaillot, située place du Trocadéro, est le
lieu où s'installe en 1920 la troupe du Théâtre national populaire. Elle est
dirigée jusqu'en 1933 par Firmin Gémier. Pour l'exposition universelle de 1937,
la salle du palais de Chaillot, devenue Théâtre national du Trocadéro, est
démolie puis reconstruite : la nouvelle salle est toujours occupée par le
Théâtre national populaire. Le 1er septembre 1951, Jeanne Laurent,
sous-directrice du théâtre et de la musique au ministère de l'Éducation
nationale, nomme Jean Vilar directeur de la salle du palais de Chaillot. Les
sessions de l'ONU ayant lieu dans cet endroit en attendant l'achèvement du
siège de New York, Jean Vilar prend enfin possession de Chaillot le 30 avril
1952 avec L'avare de Molière.
Il rendra célèbre ce théâtre sous le sigle TNP.

Vilar : aventure et passion de Marcel Teulade
| Comme l'illustre le documentaire
Vilar : aventure et
passion (Marcel Teulade, 1991), Jean Vilar
souhaite "faire partager au plus grand nombre ce que l'on a cru
réservé jusqu'ici à une élite". Il désire donner accès à un
répertoire exigeant, joué avec la plus grande ambition artistique. Ce qui
intéresse Jean Vilar, c'est la mission sociale du théâtre, d'où l'affirmation
célèbre que "le Théâtre national populaire est un service public,
tout comme l'eau, le gaz et l'électricité". Pour cela, il choisit
de s'entourer d'une équipe de très bons techniciens et d'excellents comédiens.
Vilar trouve surtout un précieux collaborateur en la personne de Gérard Philipe
qui est déjà une vedette de cinéma prestigieuse et qui accepte, dès sa
fondation, de jouer au TNP, avec à ses côtés les non moins illustres Maria
Casarès, Daniel Sorano, Georges Wilson, Sylvia Montfort, Charles Denner,
Philippe Noiret, etc.
Le film de Jacques Rutman
Jean Vilar, une belle
vie (1972) dresse le portrait de cet homme
soucieux du répertoire et du style de jeu, qui préfère se qualifier de
régisseur plutôt que de metteur en scène, pour souligner son intérêt pour le
texte et le public. Jean Vilar, qui a également créé le festival d'Avignon en
1947, inscrit le TNP au cœur des préoccupations civiques en mettant à l'affiche
des pièces comme Antigone de
Sophocle et La résistible ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht. Dans le documentaire de Jacques
Rutman, son entourage évoque sa démission du TNP : en effet, Jean Vilar décide
de ne pas renouveler son mandat au delà du 1er septembre 1963.
En
1972, le TNP est transféré au théâtre de la Cité à Villeurbane dirigé par Roger
Planchon, et Jack Lang devient responsable du Théâtre national de Chaillot.La
direction de ce théâtre change à nouveau en juillet 1974 :comme l'indique
Le nouveau théâtre de
Chaillot réalisé par Pierre Vatteone en 1976, la
réouverture du théâtre qui vient d'être réaménagé est marquée par la nomination
d'André-Louis Perinetti. D'autres grands noms du théâtre français se succèdent
à la direction du théâtre national de Chaillot : après avoir fondé le théâtre
des quartiers d'Ivry en 1972, Antoine Vitez prend la suite de Perinetti le 1er
juillet 1981 à la tête de Chaillot. Le documentaire de Laurence Gavron
Antoine Vitez
(1987) révèle la personnalité de ce metteur en scène audacieux qui dirige le
théâtre de Chaillot selon sa formule "un théâtre élitaire pour
tous". La mise en scène du Soulier de satin de Paul Claudel dans son
intégralité (la pièce dure dix heures !) est considérée comme le point d'orgue
de son passage à Chaillot.

La bergère en colère de Francis Warin
| Avant de devenir directeur du théâtre
national de Chaillot en 1988, Jérôme Savary, d'origine argentine, fonde sa
première compagnie théâtrale en 1965, qui prend le nom de Grand Magic Circus et
ses animaux tristes. Le court métrage de fiction de Francis Warin
La bergère en
colère (1970) rend avec justesse le sens de la
fête propre à la célèbre troupe menée par Jérôme Savary. Sa compagnie donne des
représentations dans divers théâtres parisiens : un passage des
Actualités Gaumont de juillet à décembre
1974 porte sur le spectacle du Grand Magic Circus
donné au théâtre d'Orsay en juillet 1974 ;
Le Magic Circus joue pour les
enfants (Emilio Pacull, 1983) est consacré aux
comédiens qui interprètent L'histoire du gros cochon qui voulait maigrir au théâtre Mogador.
C'est donc en juin 1988 que Jérôme Savary est nommé directeur du théâtre
national de Chaillot. Il fait preuve d'un véritable éclectisme en montant aussi
bien Molière (Le bourgeois gentilhomme), Shakespeare (Le songe d'une nuit d'été, La nuit des rois, La mégère apprivoisée) que les pièces de guerre de Bertolt Brecht
(Mère Courage et ses enfants,
La résistible ascension d'Arturo Ui). Le documentaire
Jérôme Savary
(1990) de Catherine Dupuis met en lumière les talents multiples de cet homme
chaleureux et avide d'expériences nouvelles. Jérôme Savary est d'ailleurs à la
tête de l’Opéra Comique depuis le 1er octobre 2000.
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| | | Le théâtre national de la Colline |
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Le théâtre national de la Colline de Loïc Jourdain
| Construit dans le quartier populaire du
20e arrondissement, rue Malte-Brun à l'emplacement de l'ancien cinéma le
Zénith, le théâtre national de la Colline est le plus récent des théâtres
nationaux français. Alors que de nombreux théâtres parisiens ont été
transformés en salle de cinéma, celui-ci est une exception à la règle. De 1987
à 1996, le premier directeur de la Colline est l'homme de théâtre argentin
Jorge Lavelli à qui est consacré le documentaire
Jorge Lavelli
(1989) de Brigitte Carreau. Après être arrivé à Paris, Jorge Lavelli devient
l'élève de Charles Dullin et Jacques Lecoq, dont les talents de pédagogie sont
retracés dans un film de Jean-Pierre Rouette consacré à son école
internationale de théâtre (L'école de Jacques
Lecoq, 1984) et dans un portrait en deux parties
réalisé par Jean-Gabriel Carasso et Jean-Noël Roy (Les deux voyages
de Jacques Lecoq, 1999). Suivant les enseignements
de ces deux grands maîtres du théâtre, Jorge Lavelli décide d'orienter le
théâtre national de la Colline vers la création et la découverte d'auteurs
contemporains. Fidèle à son intérêt pour un théâtre vivant, inscrit dans son
temps, Jorge Lavelli inaugure le théâtre de la Colline avec la pièce
Le public de Garcia Lorca.
Le court documentaire
Le théâtre national de la
Colline (Loïc Jourdain, 2000) est ponctué
d'interviews d'Alain Françon qui a succédé à Jorge Lavelli à la direction du
théâtre en 1996. En montant des pièces d'auteurs comme Edward Bond, Alain
Françon perpétue la volonté de son prédécesseur d'inscrire la Colline dans un
projet artistique de défense de l'écriture et de la création contemporaine. Le
film revient également sur les travaux des deux architectes Jean Perrottet et
Valentin Fabre qui ont réussi à bâtir les plans des deux salles de sept cents
et deux cents places dans un espace très réduit.
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| | | | Théâtre et cinéma : chassés-croisés |
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Le bal d'Ettore
Scola
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Les oppositions sont très
fortes entre le théâtre, art de l'éphémère où chaque soir la représentation
théâtrale est différente, et le cinéma qui est un art de la trace et de la
conservation. Malgré cet antagonisme, il faut constater la présence obstinée de
films tirés de pièces de théâtre dans la production cinématographique depuis
ses débuts. Ces tensions sont d'autant plus exarcerbées lorsque le monde du
cinéma prend conscience de l'antériorité du théâtre qui existe depuis plus de
vingt-cinq siècles.
|
| | Au XXe siècle, la rencontre du
théâtre et du cinéma a permis d'étendre la culture théâtrale au grand public.
Malgré les différences de procédés et de rapports spatio-temporels entre le
cinéma et la représentation théâtrale, les meilleurs films qui reprennent des
pièces sont ceux qui accordent une part fondamentale au texte considéré comme
"l'âme du théâtre".
Aujourd'hui, le
théâtre et le cinéma révèlent leur interdépendance du fait que le cinéma joue
un rôle dans la formation et la création des hommes de théâtre et, inversement,
le théâtre tient une grande part dans la formation et l'approche des cinéastes.
Le regard du public de théâtre lui aussi a changé : il est affiné par le cinéma
et la photographie.
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| | Le café-théâtre à l'écran :
Le père Noël est une ordure |
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Le père Noël est une ordure de Jean-Marie Poiré
| Écrite par Josiane Balasko, la pièce
Le père Noël est une ordure
est créée en 1979 sur les planches du café-théâtre du Splendid situé 48 rue du
Faubourg-Saint-Martin dans le 10e arrondissement. Suite à son succès sur scène,
la pièce est adaptée en 1982 à l'écran par Jean-Marie Poiré dans le film
éponyme Le père Noël est une
ordure. Le soir de Noël, la permanence
téléphonique de Thérèse et Pierre dans le local parisien de SOS détresse amitié
est perturbée par l'arrivée de personnages marginaux et loufoques qui
provoquent des catastrophes en chaîne. Les personnages hauts en couleur de
cette comédie grinçante et provocante sont incarnés par les acteurs de la
troupe du Splendid, déjà présente sur scène.
Le père Noël est une ordure, l'un des plus populaires films français, a acquis depuis
le statut de film culte au fur et à mesure de ses diffusions télévisuelles.
L'humour corrosif des dialogues sont devenus aujourd'hui des
classiques au point de rentrer dans le langage familier. Rappelez-vous des
fameuses répliques "c'est cela, oui", "je ne
vous jette pas la pierre, Pierre, mais j'étais à deux doigts de m'agacer
!", ou encore les réflexions irrésistibles de Thérèse et Pierre à
propos du "kloug colmaté avec du spountz" apporté au
début de la soirée par le voisin Monsieur Preskovitch : "mmmm c'est
fin, très fin, ça se mange sans fin !", et aussi lorsque celui-ci
révèle ses secrets de fabrication : "c’est roulé à la main sous les
aisselles" !
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| | Des adaptations menées
par des "maîtres" du cinéma |
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| | | Ernst
Lubitsch (1892-1947) |
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Sérénade à trois
d'Ernst Lubitsch
| Au delà d'une très grande majorité des
films d'Ernst Lubitsch
qui sont des adaptations de pièces de théâtre, toute l'œuvre du cinéaste évoque
de manière implicite ou explicite l'univers théâtral présenté comme une
métaphore de la vie. Parmi les comédies américaines d'Ernst Lubitsch,
nombreuses sont celles où le Paris sophistiqué et mondain des années 1930
constitue le décor d'intrigues amoureuses :
L'homme que j'ai
tué avec Maurice Chevalier (1931,
Broken lullaby
d'après la pièce de MauriceRostand) ;
Une heure près de
toi (1932,
One hour with you
d'après la pièce de Lothar Schmidt) ;
Haute pègre
(1932, Trouble in paradise d'après la pièce de Laszlo Aladar) ;
Sérénade à
trois avec Gary Cooper (1933,
Design for love
d'après la pièce de Noël Coward) ;
Ange avec
Marlene Dietrich (1937, Angel d'après la pièce de Melchior Lengel)
; La huitième femme de
Barbe-bleue avec Gary Cooper (1938,
Bluebeard's eigth wife d'après la pièce d'Alfred Savoir).
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French Cancan de
Jean Renoir
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Jean Renoir, fils d'un peintre génial du
XIXe siècle, a aussi réalisé des films qui présentent une forte dimension
théâtrale. Pour Renoir, toute vie sociale est un spectacle, ce qui fait écho
aux vers de Shakespeare dans la pièce Comme il vous plaira : "Le monde entier est un théâtre, / Et
tous les hommes et les femmes ne sont que des acteurs". Ses films
sont l'occasion d'une mise en abyme de la théâtralité et d'une réflexion sur
les codes de jeu, d'espace et de temps de la représentation théâtrale. Ceci
vaut pour l'adaptation d'une pièce de René Fauchois dont s'inspire Jean Renoir
pour réaliser Boudu sauvé des
eaux (1932) qui s'avère supérieure à la pièce
d'origine, ainsi que pour La chienne
(1931), La règle du
jeu (1939) ou encore
French Cancan
(1954).
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| | | Le documentaire Un spectacle populaire :
réalisé en 1981 par Sylvain Roumette évoque le
spectacle original et surprenant Le bal interprété sans paroles par la troupe du théâtre du Campagnol.
Dans ce film, des extraits du spectacle illustrent une interview du metteur en
scène Jean-Claude Penchenat qui a d'abord fait partie de la troupe du Soleil
fondée par Ariane Mnouchkine.

Le bal d'Ettore
Scola
| En 1983, Ettore Scola réalise le film
Le bal d'après
la création théâtrale de la troupe du Campagnol. Les personnages, dont les
costumes changent selon les modes, fréquentent un dancing. Dans un décor qui
évolue selon les époques, les comportements des personnages traduisent les
grands événements politiques et sociaux de 1936 à 1983. À travers les danses de
société se reflètent le jeu de séduction, la relation de couple, l'évolution
des mentalités et la progressive libéralisation des mœurs sur fond de chansons
populaires. Les paroles de ces chansons prennent plus d'importance que dans la
pièce car elles constituent un véritable commentaire sonore en complément des
images. Le dancing qui constitue un microcosme idéal pour observer ce groupe
d'hommes et de femmes permet à Ettore Scola d'introduire dans son film la
caractéristique théâtrale d'unité de lieu. Alors que la version théâtrale s'en
tient à une vision globale, le réalisateur soigne le procédé cinématographique
du cadrage afin d'isoler des détails et d'accentuer des traits physiques : il
s'intéresse particulièrement aux regards et au langage du corps.
Le critique de cinéma Gilbert Salachas présente ainsi le film d'Ettore
Scola : "C'est une œuvre superbe et unique, l'adaptation d'un
spectacle théâtral, lui aussi très audacieux, créé par la troupe du Campagnol.
Avec sa troupe, Jean-Claude Penchenat avait réussi la gageure d'écrire une
pièce sans paroles, avec seulement des musiques. Le succès vint. Justifié.
Ettore Scola a adapté cette pièce avec le talent que l'on sait. Il a respecté
le modèle, il a utilisé les mêmes acteurs et à tourné à Cinecittà, dans un
décor unique. Le résultat est tout à la fois gratifiant, drôle et émouvant. Les
chansons sont génératrices de vague à l'âme, de souvenirs, de nostalgie. Les
mêmes acteurs franchissent le temps, s'habillent et se comportent comme nos
parents. L'humour est là, la gravité aussi. Tout le monde est à féliciter, car
la réussite est totale" (Télérama n°2585,
28/07/1999).
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| | | Entouré
depuis quelques années par le même groupe d'acteurs, le réalisateur
Alain Resnais développe
dans tous ses films une touche personnelle clairement identifiable, que l'on
peut qualifier de marque de fabrique, et dont
Mélo (1986)
constitue l'un des meilleurs exemples. Resnais réussit à faire une véritable
œuvre cinématographique à partir des conventions théâtrales de la pièce réputée
désuète d'Henry Bernstein : il parvient ainsi à rendre hommage au théâtre et à
ses artifices. Une multitude de détails souligne fortement l'influence du
théâtre : le rideau rouge qui ouvre et clôture le film, les décors, la lumière,
le découpage du film en trois actes et les acteurs qui se revendiquent comme
tels.

Mélo d'Alain
Resnais
| Dans la veine de l'ensemble des pièces de
Henry Bernstein qui abordent les thèmes de la crise du mariage bourgeois et des
premières tentatives d'émancipation de la femme au début du XXe siècle,
Mélo écrite en 1929 est
l'histoire d'un adultère impossible entre Marcel et Romaine, qui est mariée
avec Pierre. Dans son film tourné en 1986, Alain Resnais restitue la part la
plus originale du théâtre de Bernstein que constitue l'acuité de l'analyse
sociale et psychologique des rapports entre hommes et femmes dans la société
bourgeoise du début du siècle. Tout commence à Montrouge, un soir de juin 1926.
Dans une mise en scène minimaliste et théâtralisée, dans un décor de nuit
étoilée visiblement reconstituée en studio, le célèbre violoniste Marcel dîne
chez son ami Pierre dont il rencontre pour la première fois la charmante épouse
Romaine, dite "Maniche". Ce film est servi
magistralement par les acteurs fétiches d'Alain Resnais : le couple est
interprété par Pierre Arditi et Sabine Azéma ; Marcel, qui semble réduit et
limité à son mensonge, est joué par André Dussolier. Dans ce mélodrame centré
sur le point de vue de la femme face aux deux hommes, Sabine Azéma incarne une
femme dont la passion exacerbée et sensuelle pour son amant et le désir d'être
libre vont la conduire à tenter de tuer et à en mourir.
Mélo est
révélateur de l'œuvre éclectique d'Alain Resnais, capable d'exceller dans une
multitude de genres, adoptant tour à tour le classicisme, la théâtralité, la
comédie musicale, le fantastique.
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| | Quelques artistes aux multiples talents |
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Les parents terribles de Jean Cocteau
| Pour Jean Cocteau qui est un touche-à-tout de
génie, le cinéma devient, à partir des années 1930, une forme d'expression
poétique supplémentaire qu'il ajoute à ses nombreux talents. Il tourne ses
propres pièces de théâtre telles que
Les parents
terribles en 1948. Dans ce film, le travail de
Cocteau consiste à déthéâtraliser la pièce et à faire passer à l'écran la
puissance dramatique de cette œuvre. Jean Cocteau, qui soigne particulièrement
le cadrage et les plans du film pour offrir au spectateur une approche
"voyeuriste" des personnages, considère le cinéma comme
un événement vu par un trou de serrure.
Jean Cocteau a écrit cette
pièce pour Jean Marais qui l'interprète à partir de 1938 dans plusieurs
théâtres parisiens, comme le montre le documentaire de Jean-Christophe Rosé
Jean Marais par Jean
Marais (1995). Dans la transposition à l'écran des
Parents terribles,
le jeu théâtral exagéré des acteurs révèle d'autant plus la différence entre
les conventions de la scène et l'illusion réaliste propre à l'expression
cinématographique. L'approche de Cocteau apporte un regard nouveau sur le
"théâtre filmé" car il réussit à l'enrichir en filmant
précisément la théâtralité du drame. Cocteau respecte scrupuleusement les trois
actes, les deux décors et les dialogues de la pièce d'origine. Les textes,
comme l'illustre cette réplique de Léonie lorsqu'elle apprend l'adultère de
Georges, sont de temps à autre des clins d'œil à la situation dramatique :
"Je ne sais pas si c'est un drame ou un vaudeville mais de toute
manière c'est un chef-d'œuvre".
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Deburau de Sacha
Guitry
| Sacha Guitry a rempli les fonctions
d'acteur, d'auteur dramatique et de cinéaste. Il a écrit plus d'une centaine de
pièces de divertissement dont la plupart porte sur le thème de l'adultère au
sein de la bourgeoisie parisienne. Parmi la trentaine de films qu'il réalise,
Sacha Guitry choisit quelques-unes de ses pièces pour les porter à l'écran en
réussissant à dépasser le cadre du "théâtre filmé" grâce
à des innovations cinématographiques en matière de mise en scène et
d'interprétation. Il tourne Le nouveau
testament en 1936 à partir d'une pièce de 1934 qui
aborde ses thèmes de prédilection : les rapports de couple, l'adultère et le
mensonge.
Comme l'évoque le documentaire
Encyclopédie du cinéma français 31 - Sacha
Guitry (1979) de Claude-Jean Philippe, l'œuvre de
Sacha Guitry traite du mensonge de l'amour au service du bonheur et celui du
théâtre au service de la vérité : tout en dénonçant l'hypocrisie du milieu
bourgeois, Guitry se plaît à jouer sur scène et à l'écran avec verve et
pétulance. Il rend ainsi hommage au grand mime du XIXe siècle dans le film
Deburau, en
1951, tiré de la pièce éponyme de 1918, et au grand acteur Lucien Guitry, son
père, dans Mon père avait
raison (1936). Ces films soulignent l'intérêt de
Guitry pour le théâtre et pour la rampe "mur de lumière dont nous
avons la nostalgie qui constitue le quatrième côté du décor qui nous aveugle et
nous éclaire".
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| | | Marguerite Duras
(1914-1996) |
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Des journées entières dans les arbres de Marguerite Duras
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Marguerite Duras pratique de nombreuses
activités : littérature, journalisme, théâtre, cinéma. Dans toute son œuvre,
Duras révèle sa maîtrise de l'écriture et son intérêt pour la sonorité de la
langue. En 1965, la pièce Des journées entières dans les arbres interprétée par Madeleine Renaud
et mise en scène par Jean-Louis Barrault remporte un vif succès au théâtre de
l'Odéon. Douze ans plus tard, elle transpose cette pièce dans le film
Des journées entières dans les
arbres (1977) qui lui permet d'atteindre la
reconnaissance de son talent à la fois dans le domaine littéraire, théâtral et
cinématographique.
Au cinéma comme au théâtre, Marguerite Duras
pose un regard particulier sur les acteurs avec qui elle entretient des
relations très fortes. Savannah Bay, écrite en 1982 pour Madeleine Renaud, est une pièce sur la
comédienne et le théâtre : le reportage de Jean-Marie Carzou
Madeleine Renaud :
donne la parole à la comédienne qui évoque son
émotion à chaque fois qu'elle monte sur scène et qu'elle interprète
Savanah Bay au théâtre du
Rond-Point. Ce lien privilégié qui unit Marguerite Duras avec ses acteurs lui
donne l'occasion d'interviewer Jeanne Moreau : dans
Duras interroge Jeanne
Moreau (1965, Roger Pic), l'auteur et l'actrice
évoquent leurs rapports avec le cinéma et le théâtre. Jeanne Moreau lui confie
alors à propos du jeu sur scène : "La raison pour laquelle un acteur
ne s'ennuie pas et peut jouer une très bonne pièce cent fois, deux cents fois
ou trois cents fois, c'est parce qu'il rêve toujours de la représentation
idéale".
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| | | Jacques Rivette n'a jamais porté
de pièce à l'écran. Pourtant, sa filmographie est fortement imprégnée par
l'univers théâtral. Rivette commence à tourner son premier long métrage
Paris nous
appartient en 1958. Dès sa première œuvre, ses
thèmes de prédilection, qu'il développe tout au long de ses travaux ultérieurs,
sont déjà présents : le complot, le mystère et le mensonge indissociables de la
découverte de la vérité finale, le théâtre et Paris. Ce film qui met en scène
une troupe de comédiens, une mort inexpliquée, un secret dangereux et un
complot politique s'inscrit au coeur de la Nouvelle Vague avec des interprètes
tels que Claude Chabrol, Jean-Luc Godard et Jacques Demy.
Paris nous appartient est considéré comme l'un des plus beaux poèmes
cinématographiques dédiés à la capitale, avec une séquence emblématique en
plein cœur de Paris sur les toits du théâtre Sarah Bernhardt qui va devenir en
1968 le théâtre de la Ville.

La bande des quatre de Jacques Rivette
| Ses recherches sur l'improvisation et les
répétitions théâtrales envisagées comme métaphore de la création artistique
sont poussées à l'extême dans Out 1 spectre
(1971-1974) car, une fois encore, les répétitions de deux troupes tiennent une
part centrale dans ce film aux allures de performance.
Out 1 : Noli me tangere a été initialement présenté en octobre 1971 dans une
version de 12h40min à la Maison de la culture du Havre. Dans
Out 1 spectre, le
thème du complot cher à Rivette, lointainement inspiré de
L'histoire des treize de
Balzac, permet au réalisateur d'aborder l'atmophère de Paris de l'immédiat
après-68. Dans les décennies suivantes, Jacques Rivette continue à explorer ses
thèmes favoris dans un décor parisien. En 1988, il met en scène quatre jeunes
femmes élèves d'un cours d'art dramatique dans
La bande des
quatre. Dans la comédie
Va savoir
tournée en 2001, Rivette ne déroge pas à sa propre règle : le théâtre sert de
cadre et de révélateur aux personnages, membres d'une troupe italienne de
passage à Paris à l'occasion de la tournée de la pièce de Pirandello
Comme tu me veux (Come tu mi vuoi). Parallèlement, Rivette
crée une intrigue amoureuse ponctuée par une formidable séquence sur les toits
de Paris, qui constitue un joli clin d'œil à son premier film
Paris nous appartient.
Dans Le fantôme du théâtre dans le cinéma de Jacques Rivette (Le théâtre à l'écran, Cinémaction n°93, 1999), Fabienne Caratini explique la démarche de ce grand
réalisateur, ancien rédacteur des Cahiers du cinéma aux côtés de Truffaut,
Godard, Chabrol et Rohmer : "Rivette a transformé ses échecs au
théâtre en réussites cinématographiques. Même s'il reste le seul à tirer les
ficelles, le travail en équipe y est exacerbé, les espaces cinématographiques
utilisent cet inconscient théâtral, la notion d'intrigue prend tout son sens.
Les films de Rivette assument donc le lourd passé théâtral du cinéma, cette
scène primitive, d'une façon
unique, jamais théâtre filmé ou films théâtraux. Ce n'est pas pour rien qu'au
générique de ses films, Rivette n'est pas crédité à la
réalisation mais, tout
naturellement, à la mise en scène." C'est cette approche singulière que Claire
Denis a voulu pénétrer dans Jacques Rivette, le
veilleur tourné en 1990 afin de dresser un
portrait passionnant et très documenté du
cinéaste.
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